CHAPITRE II
M§r Dupanloup évêque d'Orléans — Première année d'épiscopat Premiers travaux dans son dioc
Le diocèse où le nouvel évèqueetaii envoyé est, ou peut le dire, un des plus beaux de France : assez chrétien encore pour que les éléments du bien y soient nombreux ; assez touché aussi, hélas! du souille moderne pour que le zèle .y ait ample matière à s'exercer. Dans l'histoire de notre pays, Orléans n'est pas sans gloire : c'est, comme l'appellera un jour lévèque dont le nom va devenir désormais inséparable du sien, « la ville des glorieuses délivrances », la cité de saint Àignan et de Jeanne d'Arc. Elle fut la capitale de l'un des quatre royaumes lianes. Elle n'est pas moins célèbre par ses nombreux conciles dans l'histoire de notre Eglise. Les vieilles familles orléanaises ont gardé, avec les habitudes religieuses, la décence et la gravité des mœurs, le charme et la sûreté des relations, une générosité traditionnelle. La population est intelligente, honnête, paisible; susceptible cependant d'enthousiasme, si on sait la soulever. Quelques parties du diocèse étaient vraiment encore excellentes: malheureusement, la plaie du temps, l'indifférence théorique et pratique, était celle d'un trop grand nombre de paroisses ; de quelques-unes seulement on pouvait dire, par exception, que l'esprit y était positivement hostile et mauvais. Il y avait donc là à conserver et surtout à reconquérir. Le clergé participait du caractère général du pays : bon, édifiant, docile, d'une tenue digne, d'un esprit sage et modéré; trop calme peut-être, au gré d'un évêque dont le cœur était un si ardent lover de zèle, et en outre, par
U VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLoUP.
le petit nombre des prêtres, insuffisant pour les quatre cents paroisses qui composent le diocèse. La détresse des presbytères et des églises était grande aussi. Pour recruter ce clergé, le Grand Séminaire, convenablement installé, sauf l'etroitesse de sa chapelle, vis-à-vis l'evèché, ne comptait pas cent élèves; et le Petit Séminaire, transporte depuis quelques années à La Chapelle Saint-Mesmin, à six kilomètres d'Orléans, dans une situation magnifique et un local bien conçu et bien bâti, offrait un contraste plus douloureux encore entre le petit nombre des enfants et la splendeur de la maison. Comme auxiliaires, outre les prêtres de Saint-Su Ipice, chargés du Grand Séminaire, une congrégation seulement, les Missionnaires de France, établis dans les bâtiments d'une ancienne communauté de clercs réguliers, près de l'église dévastée de Saint-Euverte. Les communautés de femmes étaient pins nombreuses : il y avait un Carmel, une Visitation, des Ursulmes, des sœurs de la Croix et quelques autres. Dans la ville d'Orléans, les œuvres d'hommes et de femmes ne manquaient pas, mais avaient grand besoin de se ranimer à une flamme nouvelle. L'évêché, œuvre, ainsi que le Grand Séminaire, du cardinal de Coislin, grand aumônier de France sous Louis XIV, était vaste et d'un grand goût, mais un peu délabré. Quant à la cathédrale, quoique d'un gothique moderne, sauf l'élégante abside du treizième siècle, elle est une des belles basiliques de France, et, avec ses deux tours couronnées, légères et à jour comme de la dentelle, domine en reine la cité orléanaise ; mais, hélas ! quel froid désert alors, et, sous cette magnificence, au dedans comme au dehors, quelle détresse ! De plus, la flèche penchait et menaçait ruine.
Tel était le champ que le père de famille lui donnait à cultiver. Il succédait a un evèque eminent, à la fois écrivain, orateur et homme d'action, qui avait beaucoup fait dans son diocèse et y laissait de grands regrets. Mais le nouvel évèque était destiné à jeter un bien autre éclat sur ce siège. Ce fut par une lettre pastorale, lue dans toutes les églises le dimanche qui suivit son arrivée, qu'il se