‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 9 sur 231 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

on n'en lira peut-être pas sans intérêt les détails principaux :

« Quarante jours avant l'entrée, le nouvel évêque, après avoir fait rendre les lettres du roi à ceux auxquels elles s'adressent, présente requête au lieutenant général du bailliage et siège présidial, aussi bien qu'au lieutenant général de police, à ce qu'il lui soit permis de faire publier et afficher la susdite entrée; ce qui lui étant accordé, on la publie avec éclat au son des trompettes et tambours... Dans le même temps, le nouvel evèque envoie avertir par son procureur fiscal, assisté d'un notaire, les quatre barons ou seigneurs, qui sont tenus de le porter dans un fauteuil élevé le jour de son entrée, depuis la porte du cloître de Saint-Aignan jusqu'à la principale porte de Sainte-Croix l...

» Quelques jours avant l'entrée, le nouvel évêque envoie invitera la cérémonie les Corps qui ont accoutumé de s'y trouver ordinairement : c'est à savoir MM. du bailliage et siège présidial, MM. du bureau des finance! Corps de ville, les officiers de la Prévôté, des eaux et forêts, l'Université et le Bureau des pauvres... Le nouvel

[ue envoie en même temps un mandement a tous chapitres, communautés et curés de la ville, à ce qu'ils aient à assister avec leur clergé à ia procession de entrée.

» On publie en même temps et on affiche partout ou besoin est une ordonnance rendue par le lieutenant néral de police, qui enjoint à tous les habitants par ou doit passer la cérémonie de les tenir nettes de matin du jour de l'entrée, d'orner le devant de leurs maisons de tapisseries propres et convenables, et d'en retrancher toutes saillies, comme enseignes, montre auvents. »

Cette procession, composée de tous les Corps lai jues et ecclésiastiques, allait prendre le nouvel évê [ue à l'abbaye

1. « Ces quatre seigneurs sont : le baron d'Yèvre-le-Chastel, le baron • le Sully, le baron .lu Cherai-lezgemont. ■) — Polluche.

de Saint-Euverte, où il avait dû arriver la veille : là le recteur de l'Université le complimentait en langue latine; il répondait en la même langue; puis on le conduisait à l'église collégiale de Saint-Aignan, ou il était de nouveau complimenté en latin: de Saint-Aignan le cortège se rendait à la cathédrale. Pendant ce trajet, une cérémonie touchante, la délivrance des prisonniers, d'après un privilège immémorial des évéques d'Orléans, avait lieu à la porte de Bourgogne.

« C'est là, continue le vieux narrateur, où tous les juges royaux attendent le nouvel évèque pour le complimenter sur sa joyeuse entrée, et lui présenter les criminels qu'ils ont fait sortir des prisons. »

Et après les compliments que venaient faire tour à tour au nouvel évèque le lieutenant général au bailliage et siège présidial d'Orléans, le lieutenant criminel dudit siège, le prévôt d'Orléans, etc., etc., « chacun d'eux ayant représenté à ce prélat que, selon l'usage immémorial des juges leurs prédécesseurs, ils ont amené tous les prisonniers détenus dans les prisons..., ils jurent tous sur les saints Evangiles, qu'ils n'ont détenu ni détourné aucun prisonnier de leur ressort et juridiction, comme aussi qu'ils n'ont avancé ni procès, ni jugement, ni exécution d'iceux, pour les empêcher d'obtenir leur grâce. Le serment pris, on fait sortir tous les criminels de la maison ou ils étaient, lesquels se jettent à genoux devant le seigneur évèque, en criant par trois fois : Miséricorde! Aussitôt ce prélat les met entre les mains du bailli et du procureur liscal de sa justice, qui les font avancer à la tète de la procession, ou ils marchent deux à deux1. »

De ces pompes d'un temps où l'amour de l'Eglise était une partie du patriotisme, le nouvel évèque d'Orléans, assurément, ne regrettait rien que la foi des vieux âges. Toutefois, en souvenir de ce dernier privilège, il crut

1. Description de l'entrée des évéques à Orléans, etc., p. -7. — On voit à Tévêché d'Orléans un chef-d'œuvre de R atoire où cette scène est retracée. Parmi les personnages de ce tableau se remarquent les portraits du jurisconsulte Jousse et de Pothier, âgé alors de vingtsix ans.

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