CHAPITRE IX
amour : Jésus! Jésus! Jésus! alors, ccmme au Calvaire, les bourreaux pleurèrent.
» Mais la flamme impuissante essaya vainement de consumer ce cœur, qu'une pureté virginale et une pauvre croix de bois avaient si bien gardé !
» Alors l'étoile remonta aux cieux ; le signe divin apparut à tous les regards; le cœur revint sur la terre de France à ceux qui l'avaient perdu; l'épouvante et la fuite s'attachèrent à tous les pas de l'étranger sur le sol de la patrie, jusqu'à ce que, refoulé de province en province, il disparut enfin à l'horizon des mers! Et la bannière nationale flottant définitivement sur les murs de Calais, les injures de Poitiers, de Crécy, d'Azincourt furent vengées, et la France, remise au rang des nations indépendantes par la main d'une jeune fille, recommença le cours de ses glorieuses destinées, qui ne sont pas encore achevées; et demeurant la fille aînée de l'Eglise catholique, tandis que d'autres grandes nations tombaient, elle se prépara à marcher désormais à la tête des peuples européens, reine du monde civilisé.
» Tel fut le fruit du sacrifice.
» Et maintenant, il faut mettre fin à ce discours.
» Fille généreuse, recevez cet hommage d'un évèque d'Orléans: c'est avec une grande joie que je vous l'ai rendu. A cette heure, je vous quitte, et avec regret ; mais nous ne sommes plus étrangers l'un à l'autre : nous nous retrouverons, nous nous reconnaîtrons quelque jour1. Xous avons servi tous deux, tour à tour, cette noble ville, ce peuple aimable et bon, généreux jusqu'à l'enthousiasme au jour de l'honneur. Vous avez sauvé les aïeux de ceux qui sont mes fils en Jésus-Christ... Plusieurs ne le sont encore qu'en espérance, mais ils le seront tous un jour, je l'espère, en vérité. Je crois avoir leurs cœurs : quand me donneront-ils leurs âmes pour Dieu? Leurs âmes! Ah! c'est bien pour elles qu'on donnerait volon-
1. Ces paroles peuvent servir de commentaire anticipé au monument qu'on lui prépare, et dont ne sera pas absente la bannière de Jeanne d'Arc.
tiers mille vies, si on les avait, comme une goutte d'eau ! »
Orléans put ajouter une journée mémorable à ses annales, et les Lettres françaises comptèrent un chef-d'œuvre de plus.
L'année suivante, il invita à porter la parole dans cette fête un fils de la Grande-Bretagne, Ms* Gillis, évèque d'Edimbourg, dont le discours fut un chef-d'œuvre aussi, et depuis lors la série des panégyriques, reprise 'par l'évèque d'Orléans, a toujours continué.
Il fera plus: car Jeanne d'Arc n'est pas seulement une héroïne, c'est une sainte; condamnée, non par l'Eglise, mais solennellement, officiellement rehabilitée par elle, par un jugement de son chef suprême, il reste à en faire une rehabilitation plus haute, et à poser définitivement sur son front cette couronne de la sainteté : l'évêque d'Orléans reprendra de nouveau, a ce point de vue, le panégyrique de la Pucelle, et il travaillera à introduire à Rome la cause si chrétienne et si française de sa canonisation.