‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 102 sur 231 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SON OEUVRE PASTORALE

(Suite)

Autres écrits et discours de circonstance

Lettre pastorale sur la mort de VL& Sibour

Discours à la [Madeleine en faveur des églises pauvres

Oraison funèbre du P. de Ravignan

Discours pour la bénédiction de la grotte de Saint-Mesmin

Et de la croix de Micy

Et pour l'inauguration du collège ecclésiastique de Combrée

Cette grande parole, qui enthousiasmait sa ville épiscopale, n'y pouvait rester renfermée; il lui fallait bien, de temps à autre, céder à d'impérieuses circonstances, et faire entendre au dehors, sans toutefois en sevrer ses diocésains, cette éloquence qu'on enviait à Orléans. Il se trouva donc amené, dans le cours des années 1857 et 1358, époque de ses grandes prédications dans sa cathédrale, et plus tard encore, nous le verrons, à prononcer ou à écrire, sur les sujets les plus divers, des discours ou des lettres pastorales célèbres que nous devons mentionner successivement.

Le 3 janvier 1857, il passa tout à coup sur Paris et sur la France comme l'éclair sinistre d'un crime inouï : dans l'église de Saint-Etienne du Mont, pendant les douces fêtes de sainte Geneviève, l'archevêque de Paris, M=r Sibour, tombait frappé par le poignard d'un assassin; et cet assassin, ô honte! ô douleur! c'était un prêtre! il est vrai, repoussé du sanctuaire et chassé de nos rangs. La consternation del'évêque d'Orléans, à celte nouvelle, fut d'autant plus grande que l'auteur du crime avait été un de ses

élèves à Saint-Nicolas. Les meilleures éducations trouvent des natures rebelles, et celle-là, s'il ne l'avait pas transformée, il t'avait devinée et dénoncée : c C'en est un, avaitil dit, qu'il ne faut jamais ordonner : il a l'âme basse, i Sa douleur éclata en un cri déchirant1.

C'est le i février 1858 qu'il prêcha à la Madeleine son célèbre discours sur les pauvres églises de campagne.

Pour bien saisir l'a-propos et la portée morale des graves avertissements qu'il y donnait, il faut se rappeler le moment où il parlait. L'Empire était à son apogée. La victoire avait suivi nos armes. L'empereur, au congrès de Paris, après la guerre de Crimée, en 1850, avait été l'arbitre de l'Europe. La prospérité matérielle du pays était au comble; et, de plus, l'avenir de la dynastie paraissait assuré, et le Saint-Père lui-même n'avait point dédaigné d'être le parrain de l'héritier présomptif de la couronne impériale. Pourtant, à qui regardait de près, plus d'une ombre déjà se laissait apercevoir dans ce ciel radieux. Ce congrès de Paris, pacificateur en apparence, avait posé, par la question romaine imprudemment soulevée, un germe menaçant pour l'avenir: et ce luxe éblouissant cachait mal ou plutôt accélérait la plaie morale qui rongeait les libres vives de la nation. Et comme toujours la ruine des croyances suivait la ruine des mœurs: l'impiété, contenue encore, mais frémissante, n'attendait, pour éclater au grand jour, qu'une occasion qui n'allait lui être que trop tôt ollerle; les mauvaises doctrines faisaient leur chemin dans l'ombre. L'œil vigilant de l'évêque voyait ces choses, alors que la foule, qui ne regarde guère au delà du jour présent, ne soupçonnait pas même ces réalités redoutables; et dans ce discours, il ne craignait pas de soulever un coin du voile, faisant, de ces éternels principes que la sagesse païenne elle-même a proclamés, à un prochain avenir, des applications, helas! trop tôt justifiées.

1. L*historiende Ms1" Sibour,M. Poujoulat, a reproduit ces éloquentes paroles.

Page 1