‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 105 sur 231 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

pathiques physionomies de ce groupe d'hommes généreux qui ont dévoué sous nos yeux leur vie à dissiper le fatal malentendu soulevé entre l'Eglise et notre siècle: tel était M. Cochin. L'évèque d'Orléans le rencontrait encore au Correspondant, et au Comité pour la défense de l'enseignement libre, dont il était un des membres les plus actifs. À partir du moment où nous sommes, leur correspondance devint plus active, plus intime, plus tendre, et nous y puiserons souvent.

Un autre mémorable discours fut encore prononcé par lui cette même année 1858. La Loire, deux ans auparavant, en 1856, avait fait d'affreux ravages sur tout son cours; les campagnes riveraines de l'Orléanais furent désolées. L'évèque était dans ses montagnes quand se produisit le désastre. Aussitôt que les chemins rompus le lui permirent, il accourut. Sur ses ordres, envoyés par le télégraphe, les vicaires généraux avaient déjà ouvert l'evèché aux inondés, et pris les premières mesures : l'arrivée de l'évèque imprima une activité nouvelle aux secours. Il se rendit immédiatement dans les paroisses qui avaient le plus souffert, et après qu'il eut vu les ruines faites par le fléau, un cri éloquent sortit de son àme, faisant à la charité orleanaise un de ces appels toujours entendus.

Et quelques jours après, nouvel appel : il y avait des orphelins; il y avait aussi des enfants que leurs parents ruinés ne pouvaient plus élever : à tous ces enfants il offrait des asiles; aux petits garçons, l'orphelinat de Nazareth, dirigé par les Frères des écoles chrétiennes, et aux filles les deux maisons de la Grande Providence et de la Sainte-Enfance.

La Loire avait rongé ses bords, et fait des dégâts considérables à la falaise qui porte la vieille église mérovingienne de La chapelle Saint-Mesmin, voisine du Petit Séminaire. Saint Mesmin est un grand nom dans l'histoire de l'Eglise d'Orléans ; c'était le neveu et le successeur de ce saint Euspice auquel une charte célèbre avait concédé, pour y bâtir un monastère, tout le territoire compris entre

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la Loire et le Loiret , ce fameux monastère est celui de Micy, qui fut un des foyers de lumières dans les Gaules, et d'où sortirent en foule des évêques et des saints, entre autres Théodulphe. Et précisément, un archéologue distingué du pays, M. Pillon, venait de découvrir le tombeau oublié de ce saint : du rapprochement ingénieux de deux textes, il avait conclu que ce tombeau avait dû être non sur la rive gauche du fleuve où s'élevait le monastère, mais de l'autre côté, sur la rive droite, et sous la chapelle érigée là depuis en son honneur. Ayant donc sondé la falaise, il découvrit la grotte soupçonnée ; seulement le fanatisme protestant avait passé là, comme ailleurs, et la grotte était vide; mais deux piliers mérovingiens qui soutenaient les roches, et d'autres indices ne permirent pas de douter de la découverte; et ainsi s'expliqua l'antique légende du dragon dont saint Mesmin avait délivré le pays : le dragon, c'était le paganisme; sa grotte, le vieux sanctuaire druidique. Du monastère que le marteau de 93 avait démoli, il ne restait plus que la place, marquée par un bouquet d'arbres et quelques pierres. L'évêque ne voulut pas laisser périr ces grands souvenirs, et il conçut la pensée d'élever avec ces débris un monument qui rappellerait l'ancienne splendeur du monastère de Micy, et de restaurer la grotte. Or l'ingénieur en chef de la Loire, M. Collin, se trouvait être, en même temps qu'un ami très intime de l'évêque, un zélé archéologue et un excellent chrétien; il entra avec enthousiasme dans la pensée de M** Dupanloup, et de la réparation qu'il devait exécuter aux rives endommagées du fleuve il fit, dans cette grotte et aux flancs de la falaise, une œuvre d'art admirable, simple et grande; un escalier monumental y conduit, en même temps qu'à l'église et au village; et de l'autre côté du fleuve il éleva, avec les vieilles pierres du monastère, une croix, monumentale aussi, ornée à son piédestal et sur ses quatre faces d'inscriptions glorieuses. L'évêque remua toute sa ville à cette occasion.

Son identification, si l'on nous permet ce mot, mais Orléans ne le démentira pas, avec sa ville épiscopale, était devenue complète : ce panégyrique de Jeanne d'Arc, où

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