CHAPITRE X
son cœur s'était si bien mêlé à celui de la cité, ses entraînantes prédications à la cathédrale, ce zèle pour les âmes, dont celles mêmes qui ne se rendaient pas encore n'en demeuraient pas moins profondément touchées, toutes les œuvres qu'on lui voyait accomplira Orléans et dans le diocèse, cette récente et magnifique retraite d'hommes, suivie de cette belle communion pascale, ses rapports personnels avec ses diocésains, empreints de tant de charme et de bonté, et enfin, s'il faut tout dire, sa gloire, dont les Orléanais, avec raison, étaient fiers, lui donnaient un ascendant presque souverain. De plus, Orléans, depuis quelques années, grâce au zèle et aux travaux de sa savante Société archéologique, était dans une sorte de ferveur de restauration pour ses vieux souvenirs. Il avait dépensé 300 000 francs pour rendre à son hôtel de ville son ancienne splendeur; relevé, de concert avec Févèque, la flèche de sa basilique; sauvé l'église et le tombeau de Saint-Euverte; la belle petite église de Saint-Jacques, un bijou de Fart de la Renaissance, et la crypte mérovingienne de Saint-Avite, sous le jardin du Grand Séminaire; érigé enfin cette statue équestre de Jeanne d'Arc, en attendant celle de Pothier : la découverte de M. Pillon, les beaux travaux de M. Collin, avaient pour eux toute la faveur du public. Quand donc Févèque annonça, et comme il savait le faire, pour le 13 juin 1858, la bénédiction de la grotte et de la croix, ce fut dans la ville une joie très vive. Le matin, un soleil radieux dora le fleuve que couvraient en foule des barques pavoisées; tout Orléans était accouru. Celle qui devait porter l'évèque les éclipsait toutes ; des deux côtés du fleuve dix-huit paroisses étaient rangées avec leurs bannières; le Petit Séminaire, avec sa musique, était là : debout sur la rive, au haut de l'escalier monumental, Févèque parla ; son discours, plein de la poésie de la fête et du lieu, fut magnifique; et puis, après avoir béni la grotte, il s'embarqua, et, au chant des cantiques qui retentissaient au loin sur l'onde, il alla consacrer la croix dite de Micy. Le soir il y eut, sous les arbres du Petit Séminaire, illuminés aux feux de Bengale, un grand banquet. Cette journée laissa un long souvenir dans les
âmes orléanaises. Depuis, quand un de ces étrangers qui le venaient visiter si souvent à La Chapelle, apercevait tout à coup, en se promenant avec lui sur la terrasse, cette croix qui s'élève solitaire en face sur le rivage, et lui demandait : « Qu'est-ce cela, monseigneur? » l'ami de l'auteur des Moines d'Occident, œuvre non encore éclose, mais dont il suivait du cœur la lente préparation, était charmé d'avoir à rappeler l'antique monastère qui llorissait sur ces bords.
Cette éloquence de L'âme, qui était à un si haut degré la sienne, n'éclata pas moins dans une autre circonstance où l'on avait désiré qu'il interprétât les sentiments de tous, dans une fête de l'éducation chrétienne, comme on aurait pu l'appeler: nous voulons parler de la bénédiction de la nouvelle chapelle du collège de Combrée (Maine-et- Loire), le :25 juillet 1808. Les personnages les plus eminents de la contrée, entre autres le bienfaiteur de cette maison, M. de Falloux, à qui elle avait dû, avant le vote de la loi de 1850, d'être de plein exercice, sept prélats, archevêques et évèques, un abbé régulier et cinq cents prêtres, une foule immense, étaient la. L'àme de l'évêque d'Orléans reçut de ce spectacle, et de la grande chose qui s'était accomplie dans celte maison d'éducation chrétienne, cette commotion d'où jaillit l'éloquence : à-propos charmants, louanges délicates, hautes leçons, saint enthousiasme de l'œuvre et du saint prêtre qu'il glorifiait, tel fut ce discours.
Mais de plus grandes choses nous appellent, et nous pourrions vraiment dire, comme le poète, en abordant ce véritable chant d'épopée :
P;iuIo majora eanamus