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CHAPITRE XI

LUTTES POUR LA SOUVERAINETE PONTIFICALE

Première phase et première ('tape : les annexions

Guerre de 1859

Insurrection des provinces pontificales

Dictature provisoire de Victor-Emmanuel

Écrits divers de l'évêque d'Orléans pendant cette période

L'évêque d'Orléans approchait de sa soixantième année. Arrivée à ce haut sommet, loin d'avoir atteint son apogée, cette existence illustre allait jeter plus d'éclat que jamais. Les dix années qui vont s'écouler de la guerre d'Italie au Concile, et que remplira surtout, aux veux du grand public, la lutte pour la souveraineté pontificale, marquent le point culminant de sa renommée. Résumons d'abord en quelques mots les événements.

Le 1er janvier 1859, au milieu du ciel serein de l'Europe, un coup de tonnerre se fit entendre : c'étaient simplement quelques paroles de l'empereur à M. de Htïbner, ambassadeur de Vienne à Paris ; une guerre entre la France et l'Autriche, au sujet de l'Italie, guerre que l'opinion publique assurément ne réclamait pas, apparut à l'horizon. L'émotion fut extraordinaire : des complications formidables étaient possibles, des explosions révolutionnaires étaient certaines. L'empereur, à la rentrée des Chambres législatives, se hâta de rassurer l'opinion ; mais, quelques jours après, Victor-Emmanuel ouvrait la session du Parlement piémontais par des paroles belliqueuses, et déclarait n'être pas insensible au cri de douleur qui lui arrivait de tous les points de l'Italie. Le mariage du prince jNapoléon avec une princesse de Savoie

était un symptôme singulièrement révélateur encore. Interprétant, dans lé Correspondant, avec sa hauteur habituelle de vues, les alarmes des catholiques, M. de Falloux dénonça les inévitables périls que retle guerre ferait courir au Saint-Siège comme aux intérêts français, el adjura l'empereur de s'arrêter. « Ceux qui cherchent, disait-il, à pousser la France dans une telle voie ne sont les amis ni du gouvernement impérial, ni de l'Italie, mais les complices de la démagogie européenne... Ce n'est pas le complément de l'expédition de 1849 que l'on demande au gouvernement impérial, c'est la revanche contre le Président, contre les voles et l'héritage de la discussion et de la tribune libres1. » En effet. le but avoué de l'empereur était l'affranchissement de l'Italie : pas un cœur catholique en France qui ne battit pour cette cause; mais ses deux alliés, le Piémont et la révolution, en avaient un autre, l'unification de l'Italie, c'est-à-dire le renversement de la souveraineté pontificale : le pouvait-il ignorer ?

Non, il n'était pas un aveugle qui allait sans savoir où. Pendant la guerre de Crimée, un événement se produisit, qui surprit beaucoup de gens: c'était l'inutile admission du Piémont à cette guerre; qu'avaient besoin en effet la France et l'Angleterre des services du Piémont? Mais cette participation lui donnait droit, la guerre terminée, d'être présent au congrès qui serait chargé de régler les conditions de la paix. Et pourquoi? Une autre surprise vint bientôt le révéler : tout a coup, vers la fin du congrès, le représentant du Piémont, 31. de Cavour, présenta aux plénipotentiaires un Mémorandum qui n'était rien moins qu'une inqualifiable agression contre le pape. Ainsi se terminèrent ces conférences. On aurait pu, on aurait dû comprendre alors, et prévoir dès 1856 ce qui menaçait d'éclater en 1859. De là date la déviation de la politique apparente de l'Empire vis-à-vis de l'Eglise. Ce fut en Italie « la première étincelle d'un irrésistible incendie2 ».

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