‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 108 sur 231 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les bombes d'Orsini, le 14 janvier 1858, hâtèrent l'explosion. L'entrevue de Plombières, entre l'empereur et M. de Cavour, décida tout. Cependant les cabinets négociaient, et pendant quelques mois, selon les phases diverses de la diplomatie, l'opinion flotta, inquiète et troublée, de la guerre à la paix et de la paix à la guerre.

Cette guerre, pleine de périls si manifestes, était si odieuse à l'évèque d'Orléans, qu'au commencement, il se refusait à y croire, et fermait pour ainsi dire les yeux sur les indices les plus significatifs. Quand il n'y eut plus possibilité de douter, sa tristesse fut profonde et ses angoisses indicibles. Il y chercha une diversion dans les travaux du zèle, et ce fut alors qu'il fit au clergé de la ville d'Orléans ces conférences sur les catéchismes dont nous avons parlé. Et quand le carême approcha, il désirait vivement reprendre ces prédications aux hommes, que Dieu avait si manifestement bénies l'année précédente, et qui étaient non moins vivement désirées par les Orléanais. Nous le voyons encore, le samedi avant le premier dimanche de ce carême, examiner lui-même, avec grand soin, dans sa cathédrale, les places réservées aux hommes, et s'assurer si toutes les dispositions étaient bien prises pour le bon ordre matériel de la station. Mais le soir il se trouva si abattu, que, quand nous allâmes, le lendemain, pendant les vêpres, comme il nous l'avait demandé, l'avertir que le plus magnifique auditoire d'hommes l'attendait, nous le trouvâmes alité, et il nous répondit, mais avec des larmes dans les yeux : « Impossible ! » Puis, après un moment de silence : <l Ah ! mon ami, voir ainsi le fruit pendre à la branche, et ne pouvoir étendre la main pour le saisir! » Un prédicateur de bonne volonté le suppléa pour cette fois, car il se flattait encore qu'un peu de repos à La Chapelle vaincrait ce profond malaise. Il n'en fut rien. Il renonça à son carême; et ce fut alors qu'il écrivit, sur ce grave sujet, la fin de ma vie, les réflexions suivantes :

« J'ai fait des réflexions bien sases sur moi, sur ma

vie, sur la fin de ma vie. Notum fac mihi, Domine, finem meum, ut sciam quid desit mihi.

» C'est la fin de ma vie qu'il s'agit de régler, les années de ma vieillesse, si je dois en avoir. Peut-être, s'il plait à Dieu, puis-je avoir encore dix ans à employer au service des âmes, et rendre utiles tous les travaux passés.

» .Mais à condition que j'établirai ma vie et que je passerai ces années dans la paix, dans la sérénité.

» Je n'ai plus à inventer, mais à consolider, à résumer, à faire pratiquer, sans violence, avec fermeté et douceur.

» Oui, la paix, la douceur, la sérénité, dans le travail et les affaires. Les années rendent cela bien nécessaire; autrement je tomberai et finirai tout à coup, et tristement.

» Rien ne me presse, nul ne me pousse, ne m'oblige On sera plus content de moi, plus heureux autour de moi, si j'établis ma vie dans la sérénité.

» 11 faut bien choisir mes occupations, élaguer, élaguer les détails, faire travailler chacun et tirer de chacun le meilleur parti possible.

» Achever ce qui est commencé, ne rien faire de nouveau.

» Je m'intéresse trou vivement, trop naturellement, trop humainement à mille choses qui me consument.

» Il faut faire de mon mieux, en paix, et remettre le bon succès à la sainte volonté de Dieu, à sa divine providence.

» Jamais le bon Dieu ne me demande de me troubler, de m'agiter. Sollicita es, et turbaris erga plurima : Oh ! comme c'est dit pour moi !

» Il faut prendre mon parti de ce que je ne puis faire, ni faire faire, ni empêcher, une fois que tout le possible est fait : alors ce n'est pas négligence, mais simple soumission à la volonté de Dieu.

» Il ne faut pas vouloir tout embrasser, tout sauver, tout faire à la fois. Il y a de l'orgueil dans ce zèle, c'est affecter la toute-puissance ; il faut s'en tenir à ce qu'on peut, faire tout ce qu'on peut, tout le bien qui est dans la

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