‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 109 sur 231 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

mesure de s>es moyens, et dès lors dans la volonté de Dieu, et puis s'en remettre du succès à la Providence.

» Pour cela, il faut laisser fonctionner les choses établies selon leur bon train naturel; il faut consolider, enraciner. Ce n'est pas à moi à recueillir les fruits, je les prépare. Je sème, d'autres moissonneront.

» Il faut continuer, achever tout ce que j'ai fait dans ce diocèse jusqu'à présent. Faire pratiquer en paix, avec suite et sénérité, et dans l'ordre.

» La douceur paisible, gracieuse et silencieuse avec chacun : et toujours la sérénité dans les hauteurs, et la paix de Dieu.

» A ces conditions, peut-être y aura- 1 -il pour moi Senectus in misericordiâ uberi. »

Ainsi cet évèque, qui s'est tant dépensé dans l'action, .au seuil de la vieillesse, et sous l'atteinte d'une fatigue profonde, médite de modérer cette ardeur toujours jeune qu'il sent encore bouillonner en lui, et de s'établir dans la paix et la sérénité de Dieu, afin d'achever et d'enraciner tant d'œuvres commencées et fondées. Mais non, non, pauvre evèque, le temps du repos n'est pas venu et ne viendra jamais pour vous; grand soldat de l'Eglise, écoutez : la trompette, comme dit saint Paul, n'a pas jeté un signal douteux : Rome est en péril ! pour vous aussi c'est donc la guerre et les combats.

Oui, Rome est en péril, car tout a échoué et la guerre éclate. On s'empressa, pour les endormir et les paralyser, si l'on ne veut pas que nous disions pour les tromper, de rassurer les catholiques, qu'on allait blesser au cœur après s'être appuyé jusqu'alors sur eux : « Le gouvernement prendra toutes les mesures nécessaires pour que l'indépendance et la sécurité du Saint- Père soient assurées. » Telle fut la réponse du gouvernement impérial à l'interpellation d'un député catholique au lendemain du départ des troupes. « Le prince qui a donné à la religion tant de témoignages de déférence et d'attachement, qui a ramené le Saint-Père au Vatican, veut que le chef suprême de l'Eglise soit respecté dans tous ses droits de souverain

temporel. D Telles furent les paroles adressées spontanément aux évêques par le ministre des cultes. Et dans sa proclamation du 3 mai, où il annonçait la guerre, l'empereur lui-même disait : c Nous n'allons pas en Italie fomenter le désordre ni ébranler le trône du Saint-Père-. » Et combien d'assurances de cette nature nous furent prodiguées!

Vaines paroles, on le voit aujourd'hui. Mais avant le démenti prochain des faits, qu'y répondre? La situation des catholiques de France était effroyable; celle du Saint- Père l'était encore plus. En 1849, ayant donné le signal des réformes aux princes italiens, et élevé la voix en faveur de l'indépendance italienne, il était populaire en Europe, et sa dépossession pouvait n'être qu'un fait révolutionnaire. En 1850, passé depuis le congrès de 1850 à l'état d'accusé, et menacé par une idée pleine de prestige, qu'on n'arrête pas facilement après l'avoir déchaînée, l'unité italienne, il avait en outre contre lui, non pas seulement la révolution, mais deux souverainetés, l'une franchement alliée à la révolution, l'autre sa dupe ou sa complice. Il faut voir et dire les choses sans amertume, mais sans illusion : autrement, à quoi bon l'histoire ?

Le péril du Saint-Père était donc suprême, et l'évêque d'Orléans ne devait pas tarder d'être appelé k combattre. En attendant, Dieu voulait lui ménager un repos bien nécessaire avant les luttes qui allaient venir. Le jour de Pâques, 24 avril, à deux heures de l'après-midi, le tambour battait à Orléans, et la garnison, à qui l'évêque avait procure pendant la semaine sainte le bienfait d'une petite retraite — le matin quatre cents soldats avaient communié dans la chapelle de Saint-Joseph, — partait pour l'Italie. L'évêque partit lui-même pour la Savoie '. A Ambérieux, il

1. Bien entendu, on ne manqua pas de dire qu'il allait porter de l'argent aux Autrichiens. Cela alla morne si loin que le procureur impérial, M. Choppin, un ami de l'évêque, crut devoir intervenir, et appliquer la loi à un personnage qui se taisait avec acharnement l'écho de ces bruits calomnieux. L'évêque l'ayant appris demanda et obtint la grâce du personnage.

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