CHAPITRE XI
comme la nôtre, composée de ces prodigieux soldats qui viennent de faire aujourd'hui l'admiration de l'Europe et rélonnemeut de nos ennemis !... »
Mais après les éloges venaient les leçons, discrètes mais non voilées. « Nation très chrétienne et fille aînée de l'Eglise, que veut faire de toi dans ce siècle, où il semble que tant d'événements merveilleux se préparent, celui qui depuis quinze siècles a déjà fait pour toi dans le monde de si grandes et souvent de si saintes choses? 0 Dieu ! c'est le secret de votre conseil. Ce que nous pouvons démêler ici de plus assuré, c'est que si l'avenir répond au passé, la capitale partie de la vocation de la France, c'est d'être le bouclier de la sainte Eglise catholique, la filiale protectrice du Saint-Siège et l'apôtre armé de la civilisation, pour ouvrir les voies a l'Evangile par toute la terre... »
Puis, après une peinture magnifique de la Papauté et de sa mission civilisatrice et pacificatrice dans le monde, a de cette institution sacrée que de viles et inintelligentes passions voudraient abolir ou découronner », l'éloquent évoque rappelait que « tous les vrais et grands politiques l'entourèrent toujours, et aujourd'hui encore, d'amour et de respect ». Puis, par une allusion facilement compréhensible, il ajoutait : « Dieu sait le secret des cœurs, mais ceux qui ont besoin de la protection divine pour leur avenir pourront la trouver la. » Et en effet quelle autre leçon faire en ce moment à cet empereur victorieux et après un traité en apparence favorable au Pape, sinon par voie d'allusion respectueuse mais transparente?
Cependant les plénipotentiaires de la France, de l'Autriche et du Piémont étaient assemblés à Zurich pour élaborer un traité sur les bases de Villafranca; mais, tandis qu'ils négociaient en ce sens, les Italiens agissaient dans un autre. Après les révolutions venaient les votations ; une comédie de suffrage universel s'organisait sous la pression des baïonnettes piémontaises : l'empereur désa- \ouait tout et laissait tout faire.
Ainsi donc, en vain le gouvernement impérial multi-
pliant les assurances: pas plus que les déclarations et les proclamations, les traités n'arrêtaient rien. Les conventions de Zurich, signées par l'empereur, étaient déchirées sous ses yeux par le Piémont; l'idée de la Confédération s'en allait en fumée; la dépossession violente des souverains et la dictature provisoire de Victor-Emmanuel menaçaient de devenir définitives. L'épiscopat et les catholiques paraissaient joués indignement; L'angoissé oppressait les âmes; mais le prestige du souverain contenait toute plainte, tout murmure. L'évèque d'Orléans contemplait, navré mais impuissant, cette marche des choses; tout ce qu'il y avait dans son àme de loyauté, de délicatesse, de fier sentiment de l'honneur catholique et de L'honneur français, était froissé, comprimé. Comme tout le monde cependant, il se taisait : Se taira-t-il toujours?
Pendant cette oppression des consciences, et ce silence devant le puissant empereur, tout à coup retentit dans Paris un cri qui fit tressaillir le lendemain la France entière, c'était une Protestation de l'évèque d'Orléans ; ou plutùt c'était la conscience publique faisant enfin explosion par la voix indignée d'un évèque :
« Il m'est impossible de me taire, et de ne pas enfin protester, pour ma part, contre les attentats que le Saint- Père et le Saint-Siège apostolique continuent à subir sous nos yeux.
» Je ne puis comprimer plus longtemps dans mon àme les émotions que soulève un pareil spectacle, et que tous les cœurs catholiques, je le sais et je le sens, éprouvent comme moi. Et quel cœur aurions-nous, si nous ne souffrions pas à l'heure qu'il est? ou plutôt si nous souffrions en silence tant d'indignités? »
Ainsi débutait la protestation de l'évèque d'Orléans: — puis, après avoir tracé en traits énergiques le tableau de ce qui se passait en Italie depuis la paix, et fait voir là, non le mouvement spontané d'un peuple, mais la pression piémontaise, mais l'œuvre de ces révolutionnaires dont les armes françaises avaient, à une autre époque, délivré Rome opprimée; après avoir montré, dans la