CHAPITRE XI
comédie des votations, cette majesté du peuple abaissée et exploitée dans le mensonge, — l'éloquent évêque établissait, avec le cortège imposant des plus irrécusables autorités, l'institution providentielle du pouvoir temporel de la Papauté, sa nécessité comme garantie indispensable de l'indépendance et de la souveraineté du Saint-Siège; puis il rappelait, l'histoire en main, que la souveraineté du Saint-Siège, loin d'être incompatible avec l'indépendance de l'Italie, avait toujours été l'asile et le rempart des libertés italiennes, et il dénonçait le crime politique du Piémont qui, depuis dix ans, au lieu de faire alliance avec la Papauté, n'avait cessé de la combattre et n'avait voulu s'appuyer que sur la révolution; enfin, avec une perspicacité que les événements n'ont que trop confirmée, il faisait voir dans la spoliation partielle que l'on permettait, la ruine totale qu'on déclarait ne pas vouloir :
« Vous dites : On lui ôtera simplement les Romagnes. Mais, permettez que je vous le demande : De quel droit? Et pourquoi pas le reste, s'il vous plaît?
» Dans vos rêves d'unité italienne, pourquoi les villes que vous lui laissez auraient-elles un autre sort que Bologne et Ferrare?... Pourquoi ne vous contenteriez-vous pas de laisser au Pape Rome seulement, avec les jardins du Vatican? Vous l'avez dit, nous le savons...
» Oui, pourquoi, si vous êtes révolutionnaires et anticatholiques, vous arrêtez-vous tremblants devant votre principe de spoliation, et, si vous êtes catholiques, pourquoi le posez-vous?...
» Où allez-vous? Où vous conduit ce détestable principe?... Quoi donc? Qu'y a-t-il ici, et que faut-il que nous pensions? Est-ce de votre part un calcul habile, et ne pouvant pas, ou n'osant pas aujourd'hui davantage, attendez-vous le reste du temps et de la violence des événements? Mais qui voulez-vous qui en soit dupe ?
» Nous ne le sommes que trop peut-être de l'inaction des honnêtes gens, de la lenteur des uns, pendant la marche rapide des autres, de ceux qui veulent précipiter les événements, dans l'espoir qu'on sera bien un jour forcé de compter avec les faits accomplis ! »
Ces mots avaient une grande portée. Il y avait encore, même parmi les catholiques, des gens, ou timides et à courte vue, ou gênes par leur attitude adulatrice envers le pouvoir, qui ne demandaient pas mieux que de dormir et de ne pas voir. Mais, pour quiconque regardait et comprenait, la perte des Romagnes était un fait immense et décisif: une question de vie et de mort pour le pouvoir pontifical, D'une main énergique et vigoureuse, l'évêque d'Orléans arrachait tes voiles, secouait les consciences, perçait a jour le système des endormeurs. En tin, après avoir été ainsi motivée, venait la protestation elle-même :
« Fils dévoué de cette sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les autres, je proteste contre l'impiété révolutionnaire qui méconnaît ses droits, et veut ravir au Pape son patrimoine.
» Comme évèque catholique, je proteste contre l'humiliation et l'abaissement qu'on voudrait faire subir au premier évêque du monde, à celui qui représente Fépiscopat dans sa plénitude.
» Je proteste au nom du Catholicisme, dont on voudrait diminuer la splendeur, la dignité, l'indépendance, en attaquant le Pasteur universel, le vicaire de Jésus- Christ.
» Je proteste comme Français : qui n'est humilie, comme Français, de voir, maigre les conseils contraires et les protestations de l'empereur, cette misérable suite de nos victoires et du sang précieux de nos soldats?
» Je proteste au nom de la reconnaissance, qui me montre, dans l'histoire, les souverains Pontifes comme le lumineux symbole de la civilisation européenne, comme les bienfaiteurs de l'Italie, et, au jour des plus grands périls, les sauveurs de sa liberté.
» Je proteste au nom du bon sens et de l'honneur, qui s'indignent de ia complicité d'une souveraineté italienne avec les insurrections et les révoltes, et de cette conjuration des basses et inintelligentes passions contre des principes reconnus et proclamés dans le monde chrétien par tous les vrais et grands politiques.
i Je proteste, au nom de la pudeur et du droit euro-