CHAPITRE XI
péen, contre la violation des majestés ; contre les passions brutales, qui ont si souvent inspiré les plus lâches attentats.
» Et, s'il faut tout dire : Je proteste au nom de la bonne foi, contre cette ambition mal contenue, mal déguisée, ces réponses évasives, cette politique déloyale dont nous avons le triste spectacle !
» Je proteste au nom de la justice contre la spoliation à main armée, au nom de la vérité contre le mensonge, au nom de l'ordre contre l'anarchie, au nom du respect contre le mépris de tous les droits !
» Je proteste dans ma conscience et devant Dieu, à la face de mon pays, à la face de l'Eglise et à la face du monde : que ma protestation trouve ou non de l'écho, je remplis un devoir. »
Elle trouva un écho dans le monde entier. Les évéques de France y adhérèrent en foule par des lettres publiques, ou élevèrent la voix pour protester à leur tour. Quelques jours après son apparition, VAmi de la religion écrivait: « La protestation de Ms* Dupanloup a eu un retentissement immense : non seulement les journaux et les revues périodiques de Paris et des départements l'ont publiée; elle a été encore reproduite par la presse d'Angleterre, d'Irlande, d'Espagne, de Belgique, d'Italie, de Suisse, d'Allemagne, de Grèce et de Portugal. Nul doute que les feuilles catholiques de l'Orient, de l'Amérique du Nord et du Sud, ne nous arrivent bientôt avec cette éloquente défense de la souveraineté pontificale. A Rome, on en prépare une édition en toutes les langues pour l'adresser aux différents peuples catholiques. »
A quel point il avait remué les âmes dans le monde entier, il en eut bientôt une autre preuve dans la pluie de lettres qui lui arrivaient de toutes parts. « Je reçois, écrivait-il à M. de Montalembert, le 8 octobre 1860, des lettres de tous les coins delà France: j'en suis stupéfait. »
Ce vaillant athlète allait lui-même élever la voix : « Allons, monsieur de Montalembert, à la rescousse ! » criait ironiquement le Siècle. L'illustre ami de l'évêque d'Or-
léans, le preux chevalier de l'Eglise, n'avait pas besoin de ces sommations: bien qu'atteint déjà du mal opiniâtre qui devait remporter, il était en train d'écrire, et l'évêque d'Orléans lui-même lui avait suggéré ce sujet : la France en 1849 et en 1859. Il s'etai: arraché, pour voler au secours du Pape, a son cher travail sur les moines, et il appelait à grands cris l'évêque d'Orléans, et ses autres amis du Correspondant, à la Fioche-en-Breny, parce que le moment était venu de détendre le Pape. Certes, c'était bien l'avis de l'évêque d'Orléans. « Je suis à bout de forces, écrivait-il à son ami : ce que j'ai publiédepuis deuxmois, Hautes Etudes, Paix, Chine, Protestation, n'est que la plus petite partie de mon travail depuis mon retour de Savoie.» Et cependant immédiatement après sa Protestation, comprenant qu'une aussi vaste question que celle de la souveraineté pontificale ne pouvait être traitée seulement à coups d'écrits rapides, traits iancés dans la mêlée, mais qu'il fallait l'étudier sous tous ses aspects et l'éclairer sous toutes ses faces, par un écrit permanent qui put demeurer et parler toujours, il avait tout quitté pour mettre la main à un grand ouvrage sur ce sujet. Quelques jours donc après sa Protestation, il partait pour la Roche-en-Breny, visitait en passant un ami, M. le comte Jaubert, au domaine de Givry, ralliait a Azy M. Cochin, qui, malheureusement, pris de la lièvre dans une halte chez .Mme de Chastellux, ne put aller plus loin : mais le prince de Broglie fut fidèle au rendez-vous, et de Dijon M. Foisset se hâta d'accourir. M. de Falloux, malade aussi, manqua: M. de Meaux s'y trouvait. Quelle ardente passion pour l'Eglise chez tous ces hommes ! surtout chez ce vaillant Montalembert qui, malgré une crise terrible, s'obstinait à écrire. C'est au milieu des plus vives souffrances qu'il acheva et lut à ses amis ce travail qui se terminait par cette page admirable, dont l'évêque d'Orléans écrivait a M. Cochin : a Vous serez content du travail de nutre ami malade: bon gré, mal gré, la fin émeut. »
« 11 se peut bien qu'il périsse» ce vieil et saint édifice qui a résisté depuis onze siècles à tant d'orages ; il se peut que