CHAPITRE XI
le principat sacré aille rejoindre, dans une ruine commune, tout l'ancien droit de l'Europe, si opiniâtrement attaqué et si misérablement défendu. Gela est possible ; tout est possible ici-bas. Xul d'entre nous ne lie indissolublement l'existence de la Papauté à celle du pouvoir temporel ; quoi qu'il arrive, elle survivra, et avec elle notre foi et notre filial amour. La Providence saura bien trouver d'autres voies pour que son indéfectible mission soit accomplie :
Fata viam invenient.
» Mais aussi, si Ton détruit cette condition si ancienne, si utile et si légitime de la suprême autorité spirituelle, si les souverains et les révolutionnaires se mettent d'accord, les uns pour l'ébranler, les autres pour la renverser, nous aurons toujours droit de dire, jusque dans la plus lointaine postérité, qu'ils ont mal fait. Ce sera à la fois une faute et un crime, une ineptie et une injustice. Ce sera un mauvais but atteint par de mauvais moyens. Ce sera la plus éclatante violation, dans un siècle qui en a tant vu, du droit des gens, du droit public des nations civilisées. Ce sera la victoire de l'astuce et de la violence sur l'honneur, sur la faiblesse trahie, sur la bonne foi bafouée. Il est de mode, parmi nos grands publicistes, si compatissants pour les forts et si dédaigneux pour les faibles, de se moquer des larmes et des foudres du Pape. Ah ! nous le savons, les larmes du Pape ne touchent que ses enfants dociles, et ses foudres s'effrayent que ceux qu'elles ne menacent pas. Elles n'en sont pas moins les larmes de l'innocence et les foudres de la justice. Ni les unes ne demeureront toujours stériles, ni les autres toujours impuissantes. On ne nous fermera la bouche ni longtemps, ni toujours. Mille voix, dans l'Eglise et dans l'histoire, répéteront le Non licet de l'Evangile. Entendez bien : Non licet. Ce n'est rien, et c'est tout. Cela n'empêche rien dans le moment, cela détermine tout dans l'avenir, au jugement de Dieu comme au jugement des hommes. Cela n'a pas empêché Hérode de faire ce qui lui a semblé bon; mais, après tout, qui voudrait avoir
été Hérode? Cela n'a pas empêché Pilate de laisser triompher les passions d'un peuple aveugle et coupable, sauf à s'en laver les mains. Mais qui donc voudrait être le Pilate de la Papauté? »
Si terriblement démasqué, le gouvernement recourut aux rigueurs; il traduisit en police correctionnelle M. de Montalembert : il avertit le Correspondant: il interdit la publication des mandements dans les journaux, bien entendu « par respect pour la religion », et en rappelant la confiance témoignée jusque-là parles évêques. C'est vrai, cette confiance, chez quelques-uns, avait été bien longanime: mais les catholiques enfin étaient debout. La lutte fut mémorable : si la clairvoyance n'a pas été aussi prompte chez tous, le dévouement a été le même. Pour défendre l'indépendance menacée du chef de l'Eglise, la souveraineté temporelle du Pape, cette antique et vénérahle institution que les âges passés ont léguée au nôtre, cette œuvre du génie catholique et français, ils ont fait ce qu'ils ont pu : ils ont combattu avec les armes qu'ils avaient dans les mains, le droit, la raison, l'honneur, le courage et l'éloquence; ils ont succombé sous les coups d'une coalition inouïe entre la souveraineté et la révolution, sous les efforts persistants de l'hypocrisie et de la violence, de la ruse et de l'audace ; vaincus dans les faits, vainqueurs devant les consciences honnêtes. Et certes, sur cette terre où tant de tristes choses affligent les yeux et le cœur, c'est un grand et beau spectacle, que la lutte de la justice et de la raison désarmées contre la force et l'iniquité triomphante. Ce spectacle, la France catholique l'a donné au monde. Et, dans cette lutte, dont nous ne pouvons retracer ici que les grandes lignes, l'évéque d'Orléans apparaît au premier rang, toujours debout sur la brèche, à chaque nouvel attentat poussant un nouveau cri.
Tout à coup la question entra dans une phase nouvelle. Les conventions de Villafranca et de Zurich étant lettre morte : et les rotations italiennes manifestement dérisoi-