‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 116 sur 231 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Du reste, l'auteur de la brochure était mené, pour ainsi dire, à coups d'épée dans une argumentation que l'anonyme même permettait de rendre plus vive ; tous ses sophismes étaient dévoilés, toutes ses contradictions mises à nu. Cette discussion des principes, — du but, — des moyens, — terminée, de l'écrit anonyme il ne restait plus rien. Et c'en était fait désormais de cette politique à double face qui ne pouvait plus continuer, du moins en gardant son masque. Le soir de Noël, tout était fini. Pendant la nuit, deux typographes, à l'insu l'un de l'autre, pour dépister la police, imprimaient chacun une partie de cette réponse; le lendemain matin, nous partions pour Paris avec ces deux moitiés, et nous les faisions insérer le jour même dans plusieurs journaux : de telle sorte que le public put lire la réfutation de la brochure presque aussitôt que la brochure elle-même. L'écrit avait pour titre : Lettre de M Vévêque d'Orléans à un catholique sur la brochure Le Pape et le Congrès. La soudaineté de cette réponse ajouta à son effet, qui ne fut pas moindre que celui de la Protestation ; elle fut aussi comme un signal. Quelques jours après, M§1' Pie lisait, du haut de la chaire de sa cathédrale, une condamnation de la brochure ; Ms* Gerbet en publiait une réfutation calme élevée, lumineuse; et tous les évëques de France, sans exception, la confondaient dans leurs mandements. De courageux écrivains la criblèrent aussi. Néanmoins, vaincue dans la polémique, elle triompha dans les faits. Immédiatement elle renversa la table déjà dressée du congrès, et les événements se précipitèrent vers le terme fatal qu'elle avait marqué. Lord John Russel a eu raison de dire — mais l'Angleterre n'y a pas été pour rien — que cette brochure a fait perdre au Pape plus de la moitié de ses Etats.

On ne pouvait plus espérer d'avoir l'Europe pour complice dans un congrès; il fallut bien qu'il y eut enfin « un visage ici, un homme à qui on put demander compte de ses paroles». Le 31 décembre tout à coup parut une lettre impériale : l'empereur avait imaginé : quoi? de faire

exécuter le Pape par le Pape lui-même! Il lui demandait doue de céder volontairement les provinces occupées par le Piémont et la révolution, lui faisant espérer en retour. sans la promettre, la garantie des Puissances pour le reste de ses Etats.

Au fond, c'était une sentence d'incapacité qu'on demandait au Pape de rendre contre lui-même, et, manifestement, le plus inutile et le plus dérisoire des sacrifices. Un empereur victorieux faisait ceia, et voilà où aboutissait cette parole solennelle et tant d'autres : « Le prince qui a ramené le Saint-Père au Vatican veut qu'il soit maintenu dans tous ses droits de souverain temporel. »

La situation des évêques devenait singulièrement délicate : mais celle du Pape, tenu a Rome <<: sous la garde respectueuse de nos armes » el ainsi sommé par son gardien, était de plus en plus effroyable. Il n'y avait pas à hésiter, et, avant même que l'Encyclique du 19 janvier 1860 eût l'ait connaître au monde la réponse du Pontife, certain à l'avance de cette réponse, et pour la justilier devant l'opinion, l'évêque d'Orléans prit de nouveau la plume, et dans un écrit court et substantiel, grave et calme, sous Ja forme d'une Seconde lettre à un catholique, il prit et retourna sur toutes les faces cette question de cession volontaire et de démembrement. Il est impossible, nous pouvons le dire, d'avoir plus raison :

« Ce n'est pas là, disait-il. une solution: c'est un expédient qui ne sauve rien et compromet tout.

» Ce serait le sacrifice, en pure perte, d'un droit incontesté et d'un principe capital :

» Ce serait, dans les circonstances où ce démembrement serait demande, ou plutôt impose, une déchéance morale, et bientôt la ruine complète, inévitable.

.» Bon gré, mal gré. ce serait un gage non d'ordre et de paix, mais de trouble et de guerre.

» On n'échapperait par la aux difticultés du moment que pour les retrouver dans un avenir prochain, bien autrement embarrassantes .

» En effet, ce n'est pas l'étendue des Etals Pontificaux

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