CHAPITRE XI
» Il faut reconnaître que ce dix-neuvième siècle si vanté aura vu d'étranges contrastes.
» Tout n'y aura pas été justice, vérité et honneur. » On s'attendait, de la part de « l'orateur des évêques », comme disait le Siècle, à de nouvelles foudres ; on fut atterré de ce calme et de cette modération. Le gouvernement ne put ni frapper ni répondre. La meilleure preuve du coup profond porté à la combinaison nouvelle par cette brochure, ce fut la conspiration du silence que la presse officieuse et révolutionnaire essaya, vainement d'ailleurs, autour d'elle, après avoir poussé des cris si furieux contre les deux précédents écrits. Xe pouvant répondre à ses raisons, on ne l'essaya pas, mais on chercha à dénaturer ses intentions, et l'on affecta de dire qu'il portait dans cette controverse, lui qui s'était toujours si soigneusement tenu à l'écart des questions politiques pour s'enfermer dans ses devoirs d'évèque, « plus d'ardeur politique que d'alarme religieuse ». Non, non, c'était le cri de la conscience catholique, d'accord du reste avec le sentiment patriotique, qu'il avait une fois de plus fait entendre. Sous tout gouvernement, il aurait fait ce qu'il faisait. Et les protestations des évèques du monde entier, était-ce donc aussi le cri des anciens partis? Car les protestations des évêques et des catholiques contre le dépouillement de la Papauté éclataient de toutes parts : en France et hors de France; bon gré mal gré tous les regards étaient tournés vers Rome, toutes les âmes occupées de ce vieillard désarmé qui siégeait au Vatican, et en qui se personnifiait la majesté de tant de grandes choses.
C'est ici le lieu de rappeler les illustres auxiliaires que sa cause trouvait en France, publicistes, philosophes, hommes d'Etat.
Emu dans sa conscience d "honnête homme et effrayé dans ses prévisions d'homme politique, M. Villemain écrivit cette admirable brochure : la France, l'Empire et la Papauté. Qu'on nous permette ici un souvenir. Le lendemain du jour où avait paru la Protestation, nous étions allé trouver, de la part de Msr l'évèque d'Orléans, pour
une affaire, M. Villemain. Très curieux de savoir comment l'illustre académicien avait apprécié cet acte et cet écrit, mais très surpris aussi de ce qu'il ne nous en disait pas un seul mot, nous primes l'initiative. Mais il n'était pas sorti, n'avait vu personne, n'avait lu aucun des journaux qui l'avaient publiée. Nous lui offrîmes Y Ami de la religion, et vainement, pendant qu'il lisait tout haut, devant nous, la Protestation, vint-on plusieurs fois l'interrompre, il voulut aller jusqu'au bout. Arrivé à ce passage: a Oui, si vous êtes révolutionnaires et anticatholiques, pourquoi vous arrêtez-vous tremblants devant votre principe de spoliation ; et si vous êtes catholiques, pourquoi le posez-vous ? » il s'arrêta, et avec un visage tout enflammé du feu de l'inspiration : « Ah ! monsieur l'abbé, nous dit-il, si j'étais membre du Corps législatif ou du Sénat, armé de cette protestation, je monterais à la tribune, et je leur dirais... » Et il se mit à improviser devant nous, avec une incomparable éloquence, la plus magnifique défense de la Papauté. De retour à Orléans le soir, nous racontâmes la chose à l'évèque, ajoutant ;j« Si M. Villemain voulait écrire ce qu'il a dit devant nous, ce pourrait être d'un grand effet. » <i Je l'y déciderai, d nous répondit Monseigneur. Et le lendemain même, M. Villemain lui-même écrivait à l'évèque son admiration pour cet écrit « qu'on ne peut lire tout bas, disait-il, parce qu'il élève le cœur avec la voix ». Voilà comment M. Villemain publia sa brochure. Ecrite avec tout l'éclat de son admirable style, et la vigueur d'un talent toujours jeune, sa belle thèse de droit public saisit vivement l'opinion, et démontra, sans réplique possible, que la justice, la conscience, l'ordre social européen, et la vraie politique française étaient blessés, plus encore que la religion, dans les attentats dont le Pape était victime.
Au nom de la philosophie spiritualiste, on entendit protester M. Cousin, et cette protestation, on la devait encore à l'évèque d'Orléans. Le 2 février 1860, après l'élection à l'Académie du P. Lacordaire, à laquelle il avait pris une grande part, M. Cousin, rencontrant sur l'escalier de l'Institut le glorieux défenseur de la souveraineté pontiii-