‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 119 sur 231 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

cale, l'aborda, et là, en présence de plusieurs académiciens, avec cette verve éloquente qui lui était habituelle, — M. Cousin était aussi un de ces hommes qui sont toujours éloquents, — il ne craignit pas d'exprimer sa sympathie la plus haute pour la cause du Pape, sa réprobation la plus complète pour la cause adverse. « Consentiriezvous, lui demanda lévêque, à écrire ce que vous venez de dire, et m'autoriseriez-vous à le publier ? — Très volontiers, » répond M. Cousin : et, le lendemain, l'évèque d'Orléans recevait, écrite de la main de M. Cousin, la conversation de la veille, et il l'insérait dans son volume, De la souveraineté pontificale, qu'il était en train de composer. Yoici cette page :

« La philosophie matérialiste et athée peut être indifférente, elle doit même applaudir à la diminution et à la dégradation de la Papauté, caria Papauté ne lui est guère nécessaire pour apprendre aux hommes que l'âme est un résultat du corps, et qu'il n'y a point d'autre Dieu que le monde. Mais la philosophie spirilualiste envisage d'un œil bien différent ce qui se passe. Si elle n'est point aveuglée par le plus sot orgueil, elle doit savoir qu'en dehors de l'école, dans le genre humain, le spiritualisme est comme représenté par le christianisme, que le christianisme luimême est excellemment représenté par l'Eglise catholique, et qu'ainsi le Saint-Père est le représentant de tout l'ordre intellectuel et moral.

» Je tiens cette suite de propositions comme inattaquable, et je me chargerais de les établir victorieusement contre qui que ce fût, pourvu que l'adversaire admît Dieu, c'est-à-dire un Dieu véritable, doué d'intelligence, de liberté et d'amour. Voilà pourquoi, Monseigneur, si vous voulez bien me passer celte expression un peu familière, j'ai besoin, pour le genre humain, d'une Papauté assez forte pour être indépendante, et pour exercer efficacement son saint ministère... Je la veux forte, dût quelquefois en souffrir un peu votre très humble serviteur et confrère. Oui, que Rome mette à l'index mon livre Du Vrai, du Beau et du Bien, il n'importe; moi, je lui demeure tidèle, et je la défends à ma manière, au nom même de la philo-

sophie. — Que serait-ce si je vous pariais comme libéral, tel que je l'ai toujours été à la face de mon pays? Et que serait-ce encore si je vous parlais comme un vieil et fidèle ami de l'Italie ? Mais je ne veux pas vous retenir sur cet escalier. Je vous prie, si vous écrivez à Rome, de me mettre aux pieds du Saint-Père, et de lui dire que, malgré mon indignité, je prends la liberté, dans cette déplorable circonstance, de me ranger parmi ses plus déclarés défenseurs. »

M. Guizot ne tenait pas un autre langage: M. Thiers parlait encore plus hautement. Mais, il faut le dire, nous n'avions pas pour nous dans la presse les gros bataillons.

Seule, une grande voix catholique n'avait pas encore été entendue, si ce n'est au début de la guerre d'Italie, et encore les adversaires essayaient-ils d'en triompher, c'était celle du P. Lacordaire. Cette voix se lit enfin entendre, grâce, en partie du moins, à l'évèque d'Orléans.

Rappelons en quelques mots leurs relations antérieures.

L'évèque d'Orléans n'était pas lié avec le P. Lacordaire comme avec M. de Montalembert. V Avenir les avait d'abord séparés, puis ils s'étaient retrouvés. Mais depuis les dissentiments de Y Ami de la religion avec Y Ère nourelle, en 1849, un certain froid ne laissait pas que de régner entre eux; plus, pensons-nous, chez le P. Lacordaire que chez l'évèque d'Orléans. Cependant, quand le P. Lacordaire put lire les belles paroles que l'évèque avait prononcées pour lui dans l'oraison funèbre du P. de Ravignan, il s'empressa de lui écrire : « Sorèze, 3 mars 1857. Monseigneur, je viens de lire le témoignage que vous m'avez rendu du haut de la chaire de Saint-Sulpice et dans l'occasion solennelle du P. de Ravignan. Ces paroles m'ont touché beaucoup... Permettez-moi de vous en remercier. Il me semble, à considérer vos idées émises sur bien des matières graves, que nous nous touchons aujourd'hui par beaucoup de points, comme aussi par des amis et des adversaires communs... » A cette lettre l'évèque répondit par une invitation pressante au Père de

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