‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 120 sur 231 · CHAPITRE XI. ï'2Z · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. ï'2Z

venir prêcher à Orléans. Il avait déjà, dans les premiers jours de son épiscopat, fait entendre à ses diocésains son saint ami le P. de Ravignan ; il eût été charmé de produire aussi devant eux le rival ou plutôt le glorieux compagnon d'armes de l'éloquent jésuite à Notre-Dame. Si le Père eut pu accepter, c'est lui, probablement, qui aurait eu l'honneur de fonder à la cathédrale de Sainte-Croix cette belle retraite d'hommes qu'y institua cette année même, ainsi que nous l'avons raconté, l'évèque d'Orléans. « Mais par suite de la direction que j'ai prise à l'école de Sorèze, lui répondit le Père, il ne m'est pas possible de me livrer de nouveau à la prédication... Chaque chose a son temps. Ma carrière apostolique est terminée. En travaillant pour l'éducation de la jeunesse, je crois employer utilement mes derniers jours, et achever l'œuvre du rétablissement de l'Ordre de Saint-Dominique en France. » Le Père ajoutait : « ...Nous avons vécu dans des temps difficiles, où il était aisé de ne pas se rencontrer. Aujourd'hui, l'avenir est peut-être plus sombre encore ; mais du moins on se connaîtra mieux dans la mêlée. » L'évèque insista et l'invita à vouloir bien au moins prononcer le panégyrique de Jeanne d'Arc. Pour les mêmes raisons, le Père se récusa. « Vous avez d'ailleurs fait si bien pour elle, disait- il en s'excusant, qu'il est inutile d'aspirer à faire mieux, i Quand, après la mort de M. de Tocqueville, la candidature du P. Lacordaire à l'Académie se produisit, l'évèque d'Orléans ne se montra pas moins empressé à l'accueillir que MM. de Falloux et Montalembert. « J'ai été, disait-il devant celui-ci à un confrère récalcitrant, presque toute ma vie en dissentiment avec le P. Lacordaire par l'esprit ; mais je ne connais pas au monde de plus noble cœur, ni un homme mieux fait pour honorer l'Académie1. » Mais tout à coup il parut hésiter, et il fit part à MM. de Montalembert et Cochin de ses scrupules. Le 15 janvier 1860, il écrivit à celui-ci :

« Depuis hier, j'ai rencontré deux hommes très graves,

1. Lettre de M. de Montalembert au P. Lacordaire, du 29 décembre

admirateurs tous deux de notre candidat, et qui m'ont dit : « Comment peut-on le nommer après sa lettre sur le Saint-Siège? » Cela m'avait déjà été dit plusieurs fois depuis un mois. Je répondais : a Soyez tranquilles, il fait quelque chose. » Hier et ce matin, je n'ai rien pu répondre. Croyez-moi, ce n'est pas un, mais cent, qui parleraient ainsi. Nous ferions le contraire de notre pensée, si nous ne tenions compte de ce qu'il y a ici de grave. »

Le même jour M. Cochin lui repondit :

« ... Je crois que vous pourriez obtenir quelque chose après l'élection: mais avant, est-il juste de rien demander?

» Avec la franchise que vous avez la bonté de permettre, je vous redirai ma consciencieuse impression :

» Vous avez présenté et accepté le P. Lacordaire, tel qu'il est, après sa lettre.

» Il me semble que l'honneur exige qu'après l'avoir engagé, on ne lui demande aucune condition dont on ne l'ait antérieurement prévenu.

» D'autre part, son honneur doit lui imposer de ne pas faire un acte qui lui semblerait exigé et consenti pour acheter une voix : un acte qui, dans ces conditions, n'aurait aucune valeur au point de vue du bien religieux que vous en attendez.

» Croyez-moi, Monseigneur, il y a dans ce qui vous a été dit plus d'une trace de cette opinion inintelligente des meilleurs catholiques, qui regardent comme un scandale la candidature d'un moine. J'ai entendu dire exactement la même chose de la candidature d'un évèque, lorsque vous étiez sur les rangs.

» Vous qui croyez que la religion doit s'élever, en tous les genres, à la puissance par le mérite et la vertu, avezvous un autre homme, aurez -vous une autre occasion pour faire asseoir la religion à l'Académie ?

» Demain les ordres religieux peuvent être proscrits par le pouvoir. Est-il un meilleur moment de les faire adopter par ce que l'esprit humain a de plus élevé?... »

Au reste, suivant sa coutume d'aller franchement au

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