‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 121 sur 231 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

fond des choses, l'évêque d'Orléans écrivit au P. Lacordaire lui-rnème; le P. Lacordaire répondit :

« Sorèze, 19 janvier. Je n'ai jamais séparé dans ma pensée deux choses qui ont rempli l'àme des plus grands Papes, l'amour de l'Italie et l'amour de la Papauté. Je regarde l'Italie comme un sol prédestiné, une terre divine, le lieu trois fois grand où il a plu à Dieu de placer la chaire du Vicaire de son fils, Notre-Seigneur Jésus- Christ. C'est pourquoi j'ai toujours porté dans mon cœur la passion de l'Italie avec la passion de l'Eglise dont le Saint-Père est le chef, et le sort de l'une et de l'autre, in^ séparable dans mes affections, m'a toujours paru aussi inséparable dans la nature des choses. À ce point de vue, dans deux lettres privées, que vous me rappelez, j'ai applaudi à une guerre qui semblait promettre l'affranchissement de l'Italie sans menacer la Papauté (c'avait été là précisément son illusion), mais en faisant toutes mes réserves sur les intentions occultes qui pourraient donner à cette entreprise un cours inattendu (hélas! il n'était pas inattendu !). Ces réserves sont expresses, et de telle nature que la publication de mes deux lettres ne pourrait avoir lieu sans m'exposer à des poursuites. Dès lors comment les appliquer à une situation nouvelle? Comment conclure du désir hautement avoué de l'indépendance italienne, à la spoliation du temporel de la Papauté? »

Le P. Lacordaire fit plus : après avoir lu l'article de M. Cochin du 25 janvier, la Question italienne et V opinion catholique en France, il écrivit :

a 25 janvier 1800. Je vous remercie d'avoir désavoué l'abus qu'on a fait de deux lettres mal connues, et qui écrites, au début de la guerre italienne, lorsque rien encore n'arrêtait mes vœux et mes espérances, ne pouvaient s'appliquer a une situation par trop évidente et trop regrettable »; et il autorisa M. Cochin à publier cette lettre. Alors non seulement l'évêque vota pour le P. Lacordaire, il lui gagna même des voix, notamment, et non sans peine, la voix de M. Thiers.

Mais le lendemain de l'élection, il écrivait de nouveau à M. Cochin : « 3 février 1860. Si le P. Lacordaire vous écrit

une lettre meilleure encore, j'en bénirai Dieu. Qu'il se hâte de faire quelque chose qui soit digne de lui, et réponde à toute son àme. Je le souhaite autant pour lui que pour l'Eglise. »

Le 25 février suivant paraissait la brochure : De la liberté de V Eglise et de V Italie; et bien qu'il y ait une réserve à faire sur un point grave1, elle proclamait de hautes vérités, que les Italiens feraient bien aujourd'hui encore de méditer, que l'empereur se fût bien trouvé de comprendre :

<.( Italiens, votre cause est belle, mais vous ne savez pas fhonorer, et vous la servez plus mal encore. Qu'avez-vous fait? Pour un vain système d'unité absolue, qui n'intéresse en rien, je l'ai fait voir, votre nationalité ni votre liberté, vous avez élevé entre vous et deux cents millions de catholiques une barrière qui grandit chaque jour. Vous avez mis contre votre espérance plus que des hommes, vous y avez mis le Christianisme, c'est-à-dire le plus grand ouvrage de Dieu sur la terre. Sachez-le bien, c'est Dieu qui a fait Rome pour son Eglise. Vous avez donc mis contre vous une volonté éternelle de Dieu. Vous la trouverez un jour, n'en doutez pas. »

1. M. Foisset ne manque pas de la faire (Vie du P. Lacordaire, t. II, p. 385).

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