‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 122 sur 231 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

LUTTES POUR LA SOUVERAINETÉ PONTIFICALE

\ Suite!

Incident : procès intenté à l'évêque d'Orléans

Mais, tout à coup, nouvel incident: un journal officieux, le Constitutionnel, qui n'avait osé ni insérer la Seconde lettre à un catholique, ni la réfuter, publiait, comme '< une réponse à cette lettre », avec une puérile solennité de mise en scène, et sous ce titre bien connu : Lettre de l'évêque d'Orléans aux Supérieur et Professeurs de son Petit Séminaire, une prétendue lettre, écrite, disait-il, « dans une pleine indépendance, en dehors de toute pression du pouvoir s, et par « un des plus illustres prélats de l'Eglise de France » : le pouvoir temporel y était complètement sacrifié. « Nous allons voir, s'écria ironiquement le Siècle, ce que l'évêque d'Orléans va répondre. » Oui, mais le document datait de 181 0! Le plaisir démettre en contradiction l'évêque actuel d'Orléans avec un de ses prédécesseurs empêcha d'apercevoir l'insigne maladresse qu'il y avait à opposer un tel évèque à un tel évêque, et un tel temps à un tel temps. En IX 10, s'il y avait en France des évêques assez courageux pour avoir, un an après, les honneurs du donjon de Yincennes, de tristes défaillances s'étaient produites chez quelques autres, comme en 1859 quelques illusions : mais opposer précisément un de ces évêques serviles du premier Empire à l'évêque actuel d'Orléans, c'était choisir bien mal. On l'obligea donc à regarder de près et le document et l'homme : et que trouva-t-il? Hélas ! ce que le premier Empire avait voulu faire des évêques, et ce qu'il avait fait de quelques-

S?8 Vit: DE MONSEIGNEUR DUPANLOL'P.

uns : la Lettre écrite, disait-on, « dans une pleine indépendance, en dehors de toute pression du pouvoir », était, au contraire, un insigne monument d'adulation; c une profession de foi i provoquée par le pouvoir lui-même, et dont le signataire avait adressé lettres sur lettres au ministre pour lui demander : c Monseigneur, en ai-je dit assez, ou devrais-je en dire davantage? Je vous supplie de dissiper cette crainte. » Entre autres choses déplorables, il y était dit de Pie VI détenu alors à Savone, avec la rigueur que chacun sait, qu'il était mille fois plus libre que sur son trône. Et quant à l'auteur du document, « un des plus illustres evèques de l'Eglise de France », comme disait l'écrivain officieux, il se trouva que cet évêque était, au contraire, un vieillard octogénaire, médiocre esprit, caractère plus médiocre encore, fasciné à un degré inimaginable par les gloires impériales, qui avait fléchi déplorablement et flatté servilement.

Ces douloureuses constatations laites par l'evèque d'Orléans, nous vîmes alors, comme au vieux Matathias, ses reins trembler, c Ah ! nous dit-il, puisqu'on nous en a donné l'occasion, il faut venger avec éclat l'honneur épiscopal ! » L'honneur ! ah ! quand ce sentiment aurait disparu de cette terre, dans les âmes sacerdotales au moins il devrait trouver un dernier asile! L'evèque d'Orléans résolut donc de faire, de sa réponse, tout à la fois une nouvelle démonstration de la nécessité du pouvoir temporel, en confondant les pauvres arguments du pauvre document, et en inondant la question de nouvelles lumières : et surtout un acte de justice vengeresse. Il va des temps qui ont besoin de ces leçons, et a l'evèque qui a porte plus haut peut-être que personne les lières et saintes susceptibilités de l'honneur, il appartenait de les donner.

Le malencontreux document fut donc immédiatement anéanti par une réponse foudroyante, et il n'en resta rien, qu'une marque indélébile attachée désormais à l'étole de tous les Rousseau de la terre. Il déshonora cette pièce par la simple histoire qu'il en fit; et tant sur la question de la souveraineté temporelle du Pape que sur celle des libertés

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