CHAPITRE XII
gallicanes, dont elle traitait aussi, il la confondit, par d'invincibles arguments, et par les autorités gallicanes elles-mêmes que son auteur invoquait sans les connaître. « Cela fait, je ne tarderai pas, ajoutait-il, à expliquer toutes ces choses dans le détail nécessaire. Je prépare, et si les événements le permettent, je ferai prochainement paraître un livre sur cet important sujet. J'écris ce volume sur la brèche, et je le ferai peut-être paraître sur des ruines ; mais qu'importe? ces ruines seraient sacrées pour moi, et je m'y ensevelirais volontiers, avec mon livre et ma pauvre plume, sûr de ma cause et de l'avenir. Car, sachez-le bien, les ruines que vous pouvez nous faire ici sont des ruines immortelles ; elles garderaient cette fois, comme toujours, un germe de résurrection ; et quant à moi, si un jour Dieu daigne me recevoir dans une vie plus heureuse et meilleure, où je rencontrerai enfin la vérité, la justice et l'éternel honneur, j'aurai la consolation de penser que mes successeurs, dans cinquante années, en priant Dieu pour mon âme, ne seront point condamnés à se défendre eux-mêmes contre moi, et à venger l'Eglise de mes trahisons et de mes lâchetés. » Plus loin, il ajoutait : « Tenez, savez-vous pourquoi, entre autres raisons, je n'aime pas le despotisme? C'est qu'il a le. funeste pouvoir d'avilir les âmes, et, par un juste retour, d'inspirer aux despotes, pour les hommes, un mépris égal à leur servilité. »
Cette exécution, c'est le mot, avait été pour lui très douloureuse; aussi voulut-il, en terminant, élever son âme à d'autres pensées. Nous n'oublierons jamais ce dont nous fûmes alors témoin. Nous étions auprès de lui, à son bureau. « Mon ami, nous dit-il, quand il fut arrivé au terme de la discussion, et qu'il s'agit de conclure, ne restons pas sur ces tristesses : tâchons de terminer par quelque chose de consolant. Il y a une belle chose à opposer aux défaillances de ce temps-là, c'est la conduite de l'épiscopat français en face du schisme constitutionnel. Ce fut bien beau, ajouta-t-il; quatre évêques seulement, sur cent trente-cinq , s'oublièrent.» Et, ce souvenir subitement évoqué saisissant vivement son âme, un torrent de
larmes s'échappa soudain de ses yeux. Nous regardions, silencieux, et avec un respect indicible, ces gros pleurs tomber sur son papier, et nous gardons encore la feuille maculée de ces larmes.
Ainsi, dans un moment où le Pape et le clergé étaient humiliés, moqués, trompés, cet évêque relevait les courages, en faisant passer sur les âmes comme un souffle d'honneur et de vaillance. Et cette risible machine de guerre tourna à la confusion complète de ceux qui l'avaient imaginée, et de ceux qui, étourdiment, y avaient applaudi.
Mais à la faute qu'on avait faite en lui donnant l'occasion d'un tel triomphe, on ajouta celle de lui en ménager un plus grand encore. On le traduisit devant la justice. Ce fut le Siècle, qui, pris au piège, et très déconfit d'avoir comblé de ses éloges démocratiques un tel document et un tel évêque, imagina ce moyen de se sauver du ridicule. Il s'y enfonça encore plus. Altérant audacieusement une parole de l'évèque. il déclara, lui, insulteur quotidien des évêques, son honneur offensé, et il invoqua la protection des tribunaux.
Depuis trois mois que l'évèque d'Orléans était entré dans cette lutte, après chacun de ses écrits, le Siècle l'avait couvert d'injures, lui et ses vénérables collègues : accusant les évêques de calomnier du haut de leur grandeur, de se livrer à des excitations coupables; de ne servir que les intérêts d'un parti, de semer V irritation et la haine, de prêcher une croisade contre la constitution, etc. Et il avait traité l'évèque d'Orléans en particulier de prêtre infidèle, de fougueux ligueur, que n'effrayait pas l'odeur de la poudre et qui ne reculait pas devant le carnage, pour faire triompher la légitimité : il avait osé traduire ainsi un écrit pacifique où l'évèque répétait à chaque page qu'une intervention par les armes n'était pas nécessaire; que la ferme proclamation du droit, par l'empereur ou par l'Europe, suffirait. Et de plus ces fiers libéraux n'avaient cessé de faire appel contre les évêques à la répression. Chaque jour on les entendait dénoncer nos œuvres de