‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 124 sur 231 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

charité, nos sociétés de Saint-Vincent de Paul, la liberté de l'enseignement : comme il le leur fut dit en face à l'audience : « Ils attaquaient toutes les libertés ; partout ils voulaient placer leurs adversaires sous l'oppression du silence. » Et pour un seul mot dit en passant, eux qui pouvaient parler tous les jours, ils faisaient un procès!

Voici les paroles de l'évêque : reprochant au rédacteur du Constitutionnel de n'avoir pas osé publier sa dernière brochure : « Je crois, disait-il, que c'est précisément parce que mes arguments sont irréfutables, que vous ne les avez ni réfutés ni publiés, ni vous ni d'autres ; sauf le Siècle, toutefois, dont la réfutation n'a été qu'une calomnie. Puissants adversaires, qui ne savent lutter contre leurs contradicteurs qu'en étouffant leur voix dans l'oppression de la calomnie ou du silence. Mais j'ai tort, Monsieur, de vous comparer au Siècle. Laissons ce journal. »

Après avoir mis expressément hors de cause le Siècle : «Laissons ce journal », s'adressant ensuite au rédacteur du Constitutionnel, l'évêque le sommait de publier sa dernière lettre et de la réfuter : « Vous avez de l'honneur : si je me trompe, publiez ma lettre et réfutez-la. » Qu'est-ce que cela faisait au Siècle, qui, lui, précisément, avait publié la lettre? Le journal révolutionnaire et voltairien n'en disait pas moins, et en soulignant l'expression comme si elle eût été textuelle : « L'évêque d'Orléans nous a appelés des gens sans honneur ! » Plus mal inspiré encore, le gouvernement ne craignit pas de mettre la main dans cette affaire. On découvrit une nièce de M-r Rousseau, pauvre dame octogénaire, à qui on persuada que, son oncle ayant été diffamé, c'était un devoir pour elle d'en venger la mémoire ; et, comme les deux prétendus délits, l'outrage au Siècle et la diffamation envers M?r Rousseau, avaient été commis dans le même écrit, les deux causes furent conjointes et appelées en même temps. Le Siècle aurait voulu se donner le plaisir de voir un évèque sur les bancs de la police correctionnel ie ; il dut y renoncer, et retirer sa citation ; car en vertu d'une disposition formelle de la loi, à raison de sa dignité, l'évêque n'était justiciable que du Conseil d'Etat ou de la Cour, jugeant sans appel, à la re-

i!3"2 VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.

quête du procureur général : ce fut la Cour qui fut saisie.

On espérait que l'évêque, traîné devant les tribunaux, y laisserait son prestige ; c'était lui dresser un piédestal et le couronner d'une auréole.

En effet, les sympathies envers lui éclatèrent de toutes parts. Le barreau Orléanais lui députa plusieurs de ses membres, et deux des principaux avocats de ce barreau, M. Quinton, bâtonnier de l'ordre et M. Robert de Massy, ancien bâtonnier, tinrent à honneur de l'assister dans son procès. Le clergé Orléanais se montra admirable : « Quel que soit l'arrêt qui intervienne, disait dans une adresse présentée au nom de tous le doyen du Chapitre, nos cœurs He garderont qu'un seul souvenir, qui y demeurera profondément gravé : celui de votre zèle, de votre amour pour l'Eglise, et de votre courage épiseopal. » M?1 Dupanloup aurait pu décliner la compétence et l'audience, et les conseils en ce sens ne lui manquèrent pas. Il accepta la justice de son pays. Et, dans sa réponse au clergé Orléanais, il en expliqua les motifs: « Je ne refuse pas plus d'audience, dit- il, que je ne décline la compétence, parce que avant tout j'accepte le droit commun de mon pays et j'honore ses juges. Jai été conduit à me servir, pour la défense de l'Eglise, des moyens de la société moderne: la parole et la presse; et je suis deceuxqui, tant qu'il reste un terrain légal, quelque étroit et même quelque dangereux qu'il puisse être, y entrent pour la défense de leur cause, et n'en sortent pas pour la défense de leur personne. » Il ajouta: a Je n'accepte d'ailleurs ici aucune discussion sur le droit et les convenances des évèques ; je n'engage en rien leur cause; je ne crée aucun précédent contre eux, et leurs droits enfin ne peuvent être en rien ici débattus en ma personne ; car, si je suis prêt à subir tout débat, c'est sur l'usage que j'ai fait, non du droit des évèques, mais du droit des citoyens. » C'est avec celte dignité et cette intrépidité que l'évêque moderne, sans amoindrir en rien la majesté episcopale, et sans abdiquer non plus la liberté du citoyen, se présentait devant ses juges.

En incident surgit, qui troubla pendant quelque temps l'opinion publique. Il avait dit : « Mais pourquoi avez-

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