CHAPITRE XII
vous choisi M?1 Rousseau? Si, dans ce grand débat, il fallait invoquer contre moi mes prédécesseurs, on pouvait mieux faire. J'en ai eu de meilleurs encore : j'ai eu M. Raillon, qui administra après lui le diocèse d'Orléans, malgré le Pape. »
Quelques personnes s'étonnèrent qu'il eût fait intervenir dans ce débat un évèque qui ne paraissait pas être en cause. Certes, il avait ses raisons. 11 se souvenait, et il prévoyait, afin de prévenir. Dans la situation nouvelle que les événements avaient faite au gouvernement français vis-à-vis du Pape, on pouvait craindre que les futures élections d'évêques ne fussent pas toujours au gré de Rome, et qu'en cas de pareils conflits le gouvernement n'eût recours à une mesure déjà employée en semblables occurrences, à savoir de faire administrer un diocèse par un prêtre non agréé du Pape en obtenant d'un Chapitre de le nommer vicaire capitulaire. C'est ce qui était arrivé précisément pour le successeur d« Mf* Rousseau. Ayant cette crainte, l'évêque d'Orléans était bien aise de dire d'avance à tout le monde que cela était impossible. Mais un petit-neveu de M. Rai lion, M. le baron Molroguier, ayant protesté contre l'accusation portée à la mémoire de son grand-oncle, et prétendu qu'il avait administré le diocèse d'Orléans, non pas malgré le Pape, mais sur l'ordre du Pape : « Et de cela, disait avec assurance M. le baron Molroguier, j'ai la preuve écrite », les journaux hostiles firent grand bruit de ce démenti ; tellement que les défenseurs de M=r l'évêque d'Orléans désirèrent que le terrain fût déblayé de cet incident avant l'audience. Force lui fut donc de reprendre la plume. Ce qui adoucit pour lui l'ennui de cette nouvelle polémique, c'est qu'elle lui offrait l'occasion de faire ressortir encore plus la leçon qu'il avait voulu donner, et, en élevant la question au-dessus d'un débat personnel, d'établir une doctrine que les temps où l'on se trouvait pouvaient rendre d'une capitale importance.
Il établissait donc, et d'une façon péremptoire, la vraie doctrine, longtemps contestée en France, sur la question de savoir si un évêque nommé, et non institué, peut ad-
ministrer un diocèse comme vicaire capitulaire, et concluait « qu'il n'y a aucun moyen de se passer du Pape pour le gouvernement de l'Eglise ». Chemin faisant, les défaillances sacerdotales de ce temps-là étaient encore par lui hautement et sévèrement châtiées. Quant au fait de l'administration irrégulière de M. Haillon, il était démontré avec une abondance de preuves écrasante.
L'effet de cet écrit fut considérable. « Ceux mêmes qui avaient le plus blâmé votre lettre sur vos trois prédécesseurs ont été entraînés, lui écrivait M. de Montalembert, par la logique invincible, la souveraine éloquence, et la noble modération qui caractérisent celle-ci. » « Béni soyezvous, cher Monseigneur, lui écrivait M=r de Ségur luimême, pour tout ce que vous avez fait. Je prie Xotre-Seigneur qu'il donne à tous ses évêques un cœur aussi généreux que le vôtre. » <c Vous raffermissez les colonnes du temple, j lui criait un autre évêque. « M-1' d'Orléans, répétait M. Cousin émerveillé, c'est un athlète, un véritable athlète. » « Je lisais dernièrement, dans le second volume des Mémoires du cardinal Pacca, sur la captivité de Pie VII, lui écrivait M. de Corcelles, quelques pages qui répondent éloquemment aux cœurs pusillanimes de ces temps et du nôtre, à ceux qui contestent aux évêques le droit de réprimander les grandes défaillances envers l'Eglise. Que j'en ai vu, disait le digne compagnon du Souverain Pontife, après les attentats de 1809, de ces prélats, in bello cervos, in pace leones... Le grand cardinal Pacca serait aujourd'hui sans charité et sans justice, aux yeux de ces prétendus modérés et libéraux, mais l'histoire qu'il a dû écrire l'a mis lui-même à sa place, comme elle aura aussi de belles pages pour les combats de notre cher évêque d'Orléans. »
Les débats s'ouvrirent le 15 mars 1860. Une foule immense et sympathique stationnait aux abords du palais pour l'acclamer, si bien qu'il chercha le lendemain, pour entrer et sortir, les passages dérobés. La cour était présidée par M. Devienne. On vit assidûment à l'audience, pendant ies trois jours que durèrent ces débats, MM. de Montalembert, de Falloux, Cochin, Albert de Broglie, avec