CHAP1T11E XII
ses admirables prérogatives, sa puissance spirituelle enfin. Puis il établissait combien est nécessaire à l'exercice de cette puissance spirituelle une pleine indépendance, c'està-dire une souveraineté ; alors, ouvrant l'histoire, il montrait les préparations providentielles de cette souveraineté, puis son établissement définitif. Elle nait pour ainsi dire d'elle-même, de la force des choses. Charlemagne la reconnaît et la fonde : c'est l'œuvre glorieuse de la France. La suivant à travers les âges dans ses luttes et ses triomphes jusqu'à nos jours, il confirmait, par l'exposé de son influence et de ses bienfaits, cette parole de M. de Maistre : « Les Papes ont été au moyen âge les véritables génies constituants de l'Europe. »
Les bienfaits qui résultent de la dernière phase de son existence dans les temps modernes étaient résumés dans cette page éloquente :
«... La Papauté, si elle n'est plus aujourd'hui comme autrefois l'aréopage politique de l'Occident, demeure du moins, avec plus d'éclat que jamais, et avec plus de liberté, dans une pleine indépendance, le tribunal suprême des consciences, la plus grande autorité morale du monde. Sa dignité, sa liberté, son action religieuse et civilisatrice s'abritent librement sous une couronne, sous une souveraineté temporelle, suffisante aux besoins de sa mission dans le inonde, insuffisante à son ambition, si elle était tentée d'en avoir, et nullement menaçante pour aucune autre souveraineté. Etablie sur le respect de tous et par les garanties formelles du droit public dans une neutralité honorable, jouissant d'une suprématie spirituelle aussi complète et aussi incontestée que jamais, son indépendance, mieux comprise, a été reconnue une nécessité pour l'équilibre européen et la paix du monde, et Home est devenue un territoire sacre, interdit à toute ambition conquérante, asile inviolable du Pontife suprême. Ainsi ont cessé dans le monde moderne les malheureux conflits entre les deux puissances qui ont tant de fois et si longtemps désolé le Bas-Empire et le moyen âge ; ainsi ont été distingués dans le catholicisme, et dans le catholicisme seulement, les deux ordres spirituel et tem-
porel ; ainsi les catholiques ont échappé à la tyrannie qui a absorbé et dominé partout autour d'elle, en Occident comme en Orient, à Londres comme à Saint-Pétersbourg et à Gonstantinople, le pouvoir spirituel. L'accord si longtemps cherché s'est fait enfin. Les Pontifes sur leur trône, et les princes sur le leur, et le monde moderne se repose à l'ombre de cette concorde. >
Suivaient les beaux chapitres déjà esquissés en 1818: Rome, l'Italie et l'Europe sans le Pape : toutes les hautes raisons qui commandent aux Italiens de ne point rompre leurs liens séculaires avec la Papauté étaient là éloquemment développées ; après quoi venait ce que nous pourrions appeler la partie contemporaine et polémique de l'ouvrage.
Là l'auteur racontait, comme fera l'histoire, l'origine, les causes, les faits divers, qui avaient amené la situation actuelle, et les rôles qu'ont joués dans ces grands et tristes événements la France, le Piémont, l'Angleterre. La France, si généreuse et si politique en 18i(J, si imprévoyante et si oublieuse de ses traditions et de ses intérêts en J 850, ce contraste le frappait tellement qu'il l'avait signalé, nous l'avons vu, à M. de Montalembert, auquel il écrivait, en traitant lui-même ce sujet : « J'avoue que j'aurai un plaisir particulier à vous rendre hommage, à vous et à quelques autres. » Ce chapitre, et trois autres sur le Piémont, — sa politique vis-à-vis de Piome depuis douze ans, et les trois périodes pendant lesquelles elle se prépare, se démasque et s'accomplit, — écrits sous le feu des événements et plusieurs fois modifiés pour répondre à la face changeante des choses, étaient achevés. Ceux qui suivent, sur le rôle de l'Angleterre dans la question romaine, s'écrivaient au moment même du procès: quelles révélations dans cette partie de l'ouvrage, et quelles lumières pour les Italiens sincères et les Anglais de bonne foi ! Quelle démonstration irréfutable de l'astuce et de la violence avec lesquelles tout s'est passé alors en Italie, aux applaudissements coupables de l'Angleterre !
Mais les événements marchaient plus vite que lui, et l'ouvrage, comme il l'avait craint, devait être publié sur des ruines. Avant qu'il eût pu être terminé, les attentats