CHAPITRE IL
Mais à ces accents attristés, le vaillant évêque succéder la voix de l'espérance :
« Espérons, car il y a toujours Dieu, puissance, bonté, sagesse infinies! Toujours il peut, il veut, il sait nous sauver !
» Quoi î lui qui a pitié d'un vermisseau, lui qui a compte les cheveux de notre tète, il n'aurait pas des entrailles de miséricorde pour les nations! Oh! sans doute, il les visite quelquefois dans sa colère. On doutait de lui. Cha ne prononçait plus son saint nom. On blasphémait sa bonté ! Oh ! alors, tout à coup il se révèle, il se montre!... On n'entendait plus parler de sa puissance : il se déclare. Il juge les rois et les peuples. 11 amoncelle les ruines. Il brise les plus fortes lètes contre la terre. Et les nations éperdues se prosternent le front dans la poussière.
» Mais souvent aussi il les visite dans sa miséricorde! Il fait lever la lumière de l'Orient sur leur tête; il leur envoie un éclair de sa Providence. Il met son honneur vis-à-vis de nous à ne laisser jamais sa bonté sans témoignage... Il fait les temps nouveaux, les grands sic -les, les grandes époques, les grands hommes: et c'est ici un des plus beaux, des plus étonnants spectacles qu'il pui donner à la terre quand, dans les puissantes indu sa Droite, il saisit les chefs des nations ou les princes de l'intelligence humaine, et, s'altachant à ces natures d'élite, comme pour les féconder par une création nouvelle, opère dans leur came des transformations inattendues, et les lance tout à coup à la recherche et à l'œuvre du salut des peuples. »
Tels étaient les hauts enseignements de cette lettre pastorale qui montra du premier coup aux Orléanais, dans leur nouvel évêque, un homme dont la pensée était accoutumée à habiter les sommets, et un évêque dont la voix dépasserait les limites de son diocèse, et qui. quand il parlerait à ses diocésains, aurait pour auditoire lEglise et la France.
La lettre s'achevait par des effusions pleines de tendresse, des bénédictions pour tous, sortant du plus pro-
fond de son àme, avec un accent ou se révélait l'Apôtre, le Pasteur, le Père.
Le premier mandement de Carême que le nouvel évèque dut publier peu de temps après était plus remarquable encore : peut-être même est-ce le plus beau de cette série de grands mandements qui commençait. L'evéque d'Orléans s'adressait à la société française, autant qu'à son diocèse, et il disait à cette société, si ébranlée alors sur ses bases. et si inquiète de son avenir, le mot décisif qu'il y avait a lui dire : il la ramenait au point précis qui porte tout l'édifice social, et qui, raffermi, lui-même raffermit tout: la Loi. La loi, dont les lois, par le nombre et linstabilité et la contradiction desquelles nous périssons, dérivent, tel est, aux yeux de l'éloquent évèque, ce point central, cette clef de voûte des sociétés. Qu'elle existe, et quelle elle est, voilà ce qu'il démontrait. Elle est, c fondée sur la raison, sur l'essence même des choses divines et humaines : sur la nature et les rapports nécessaires de Dieu et de l'homme et des hommes entre eux : éternelle, immuable, universelle, toujours vivante, comme l'essence même des choses, laquelle est identique et toujours la même, dans tous les temps et dans tous les lieux... De cette Loi dérivent et dépendent essentiellement toutes les institutions civiles, morales et politiques des peuples, toutes les conventions, toutes les ordonnances, toutes les lois en un mot que peuvent faire les hommes ».
Et cette Loi n'est autre que « le Décalogue », résumé divin de toute la morale, grande charte de L'humanité, que l'Eglise maintien! dans le monde pour le salut du monde : « Toute la question sociale est, à ce moment, encore, dans le Décalogue, et la société humaine n'a pas d'autre appui. Et si nous souffrons plus douloureusement depuis quelques années, c'est qu'on déchire de toutes parts cette charte sacrée. Voila les origines de tous nos maux, mais voici en même temps le remède : Revenons, revenons tous à celte loi divine. » Le mandement se terminait par une adjuration éloquente, où éclatait l'âme de l'apôtre. Sur ces sommets des choses l'évèque d'Orléans se tiendra toujours, et de là lui viendront plus tard, dans