‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 14 sur 231 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ses luttes avec l'impiété, ces illuminations qui éclairaient les questions dans leurs profondeurs, et ces vues qui plus d'une fois furent prophétiques, tant, partant de si haut, elles portaient loin.

On conçoit l'impatience où étaient les Orléanais de l'entendre, après l'avoir lu. Il monta en chaire pour la première fois (depuis son installation) le jour de Noël, au milieu d'une aftluence extraordinaire, et prêcha ce célèbre sermon sur la Beauté suprême qui avait eu tant de succès à Paris; la magnificence de l'action, non moins que l'éclat de la diction elle-même, saisit l'auditoire, et l'on peut dire que sa parole acquit du premier coup sur les Orléanais une autorité souveraine. Cette parole, il la leur prodiguera. Le Carême, qui était proche, lui en offrait une occasion qu'il s'empressa de saisir. On souhaitait vivement l'entendre encore : il flottait, depuis le sermon de Noël, devant les Orléanais, comme une image de grand orateur: non moins impatient lui-même de se jeter dans l'apostolat, il annonça qu'il ferait chaque dimanche, pendant le Carême, à la cathédrale, des instructions pour les hommes; on y accourut même des villes voisines : commencement d'une grande œuvre, dont nous verrons les développements.

Mais il était homme d'action encore plus que de parole. « Il faut agir tout de suite, » écrivait-il, après son oraison, le lendemain même de son arrivée, le 11 décembre 18491 ; et immédiatement après les réceptions et les visites ofticielles, il se mettait à l'œuvre, et étonnait tout le monde autour de lui par sa promptitude à s'enquérir de tout : sa cathédrale, les paroisses de la ville et du diocèse ; les séminaires, les écoles, les catéchismes, les communautés, les œuvres ; ne laissant rien échapper à son regard ardemment investigateur, et donnant le spectacle d'une activité à laquelle les Orléanais n'étaient pas encore accoutumés.

1. Nous répéterons, une fois pour toutes, au commencement de ce volume, ce que nous disions au début du premier: les citations dont nous n'indiquons pas la source sont prises à ces notes intimes, qu'il écrivait jour par jour, et qui sont comme le journal de sou àme.

il. — -2

! ;ues semaines s'étaient à peiné écoulées, nous écrit

un prêtre Orléanais qui fut témoin de ce qu'il atteste1, éjà il avait visité toutes Jes communautés religieuses, ies paroisses, avait tenu conseils sur conseils* s'était fait rendre compte de tout ce qui concernait l'administration diocésaine: choses et personnes. Tout le monde, je mêle rappelle, était dans la stupéfaction de l'activité incomparable du nouvel évèque. » Il regarda ainsi longtemps avant de rien entreprendre, et sa première année ne fut guère qu'une année d'éludés et d'expériences.

« Mes besoins sont immenses, écrivait-il le 3 février Je suis comme un grain de poussière en présence d'une énorme montagne. J'aurais vingt-cinq âmes et existences aussi actives que la mienne, et 300000 francs de rente, que je ne suffirais pas à mou œuvre et serais très pauvre. Vous comprenez l'utilité des prières pour un pan vie homme en pareil embarras. » Et de nouveau, un mois après : « Je suis à l'œuvre de Dieu. Elle est grande et difficile. Il y faut mettre sa vie. Priez pour que mon courage ne défaille pas. »

À travers tous ces soins de sa charge épiscopale, sa correspondance s'étendait malgré lui de plus en plus : < J'ai trois cents lettres qui crient sur mon bureau, » écrivait-il a M 3 la princesse Borghèse le 3 janvier 1.850. Et enfin les affaires publiques aussi vinrent le ressaisir.

Et d'abord, la loi sur la liberté d'enseignement, qu'il s'agissait de faire discuter et voter: nous avons dit ce que cette oi lui coûta alors de luttes et de sollicitudes.

Ensuite le conseil supérieur de l'instruction publique que cette loi avait institué, et dont il fut élu membre.

Puis le Comité pour la défense de renseignement libre qu'il fallait réorganiser sur des base< plus larges. « Je suis bien de votre avis, écrivait-il le 26 mai 1850 a M. de -Montalembert, sur la nécessité d'organiser notre comité d'enseignement libre. Plus j'y pense, plus je trouve qu'il est appelé à rendre de grands services. » Mais sa haute

J. 31. l'abbé Lambert, alors vicaire de la cathédrale, aujourd'hui euré de Notre-Dame de Recouvrance.

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