‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 130 sur 231 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

LUTTES POUR LA SOUVERAINETÉ PONTIFICALE

(Suite)

Seconde phase de la question romaine

Les invasions

Dans sa réponse à la brochure le Pape et le Congrès, l'évêque d'Orléans avait écrit , et non sans intention , ces paroles : c Une aumône î Ah ! si le Père des fidèles doit en être réduit là, il la recevra plus noblement de la main des pauvres que de vous ! Cinq cents évêques, qui, dans le monde entier, hier, ont fait pour lui entendre leur voix, recueilleraient encore au besoin l'antique denier de saint Pierre, et le monde catholique lui donnerait même des soldats, s'il le fallait. »

Un héros, condamné au repos par ses opinions politiques, se promenait de long en large dans sa chambre pendant qu'on lisait devant lui ces paroles : c Si l'on fait quelque chose pour le Pape, dit-il simplement, j'en suis. » C'était M. de Pimodan.

On fit, en effet, quelque chose. Comme l'évêque d'Orléans se trouvait à Paris pour son sermon de Saint- Pioch, un matin, un ecclésiastique romain se présente à la rue Monsieur pour le voir. On lui répond que l'évêque ne recevait personne à cette heure-là. L'ecclésiastique décline son nom : « M»r de Mérode. » Sur-le-champ il est introduit. Msrde Mérode, beau-frère de M. de Montalembert, était un prélat connu pour son dévouement à Pie IX. Ancien officier de notre armée d'Afrique, quoique Belge, il avait gardé, sous l'habit ecclésiastique, une àme vaillante. Il venait apprendre à l'évêque d'Orléans

une grande nouvelle : il avait décidé le général de Lamoricière, déjà pressenti par M. de Corcelles, à mettre son épée au service du Pape. Ce fut en France, et dans tout le monde catholique, un tressaillement de joie et d'orgueil à la nouvelle de ce magnanime dévouement. « Il n'y a que deux hommes en France. Lamoricière et l'évéque d'Orléans, » disait, dans son admiration, un général français. Lamoricière, auprès de Pie IX. c'était la France, la vraie France, fidèle à toutes ses traditions. Politiquement, la pensée du Saint-Père, de se protéger lui-même, était d'une grande portée : elle enlevait aux ambitions liguées contre lui l'espérance d'insurrections nouvelles et de mensongères votations. L'armée que le Saint-Père pouvait réunir, insuffisante sans doute à repousser la force par la force, suffirait pour contraindre à déposer les masques, et tacher de sang à jamais la main des spoliateurs. Elle suscita, d'ailleurs, les plus beaux dévouements qu'aura vus ce siècle. « Quand je pourrai élever mon nom au bout de mon sabre, avait dit le général de Lamoricière, j'aurai des soldats. Je sais comment, en huit jours, on fait des zouaves. » c Allez, dit a un jeune volontaire une princesse vénérée, défendre un saint sous la conduite d'un héros. » Voilà comment surgit l'armée pontificale.

Le denier de Saint-Pierre aussi fut recueilli, et les circulaires ministérielles n'y purent rien. Un des premiers, l'évéque d'Orléans, qui, le premier déjà en avait eu l'idée en 1840, l'organisa dans son diocèse, et publia une lettre éloquente pour le susciter partout. Que de fois il éleva la voix pour cette œuvre ! Hélas ! et son dernier cri, son dernier appel, sera encore pour elle! Plus d'une fois Pie IX a rendu hommage à la générosité orléanaise.

Le Piémont ne tarda pas à concevoir des ombrages contre la petite armée pontificale. Ces ombrages sont la gloire des volontaires catholiques. M. de Cavour résolut de les écraser au plus vite. Il avait expérimenté la complaisance de la France ; d'ailleurs, il en avait payé le prix : à quoi bon dissimuler? La plus audacieuse violation du droit des gens ne l'arrêta pas. On lâcha Garibaldi contre la Sicile et contre Naples, afin d'envelopper Rome de tous

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