CHAPITRE XIII
côtés : en plein jour, dans les ports du Piémont, dans ses villes, les enrôlements furent reçus, l'expédition s'organisa : jamais complicité ne fut plus évidente, et n'en fut pas moins ; comme toujours, impudemment niée. Les vapeurs qui portaient Garibaldi et ses bandes passèrent à travers la flotte de l'amiral Persano, qui avait ordre de le poursuivre, mais de façon, disaient les instructions, à le laisser s'échapper. De la Sicile, l'audacieux aventurier se jeta sur les provinces napolitaines. La trahison vint à son aide, et les vaisseaux anglais aussi. Le jeune roi s'enferma dans Gaëte. Pendant ce temps-là, le Piémont massait soixante mille hommes sur la frontière des Etats Pontificaux.
Cependant l'empereur visitait la Savoie, et recevait les félicitations, même des évêques !
M. de Cavour enfin jeta le masque. Le manifeste par lequel il expliquait à l'Europe son agression demeurera comme un monument d'une rare audace, assurée de l'impunité. Quelques jours auparavant avait lieu, à Chambérv, la fameuse entrevue entre l'empereur et Gialdini !
Ceux qui, des hauteurs de Lorette, regarderont les sommets voisins, que couronnaient, avec une artillerie formidable, les soldats de Cialdini, seront peut-être stupéfaits de ce que « ce Lamoriciere », loin de « fuir », ait osé combattre avec sa poignée d'hommes. Mais c'est ici qu'il faut redire le mot célèbre, qu'il est des défaites triomphantes à l'envi des victoires : Castelhdardo resplendit, comme un point lumineux, à travers les hontes de ce temps, et le généreux sang qui a coulé sur ces collines éternellement élèvera la voix pour dire au monde le vrai mot de ce qui s'est fait là, de ce que le Piémont a osé, de ce que la France a permis, de ce que l'Europe a souffert : Latrocinium. Cette tache restera indélébile sur Punificacation italienne.
L'évêque d'Orléans se trouvait à Lacombe quand arriva la nouvelle de cette bataille. Aussitôt la pensée de rendre un grand hommage aux vaincus, et de faire entendre au monde la protestation de l'honneur catholique et français, surgit dans son àme, et sur-le-champ il envoie l'ordre d'an-
noncer un service solennel à sa cathédrale pour le 9 octobre suivant. Chez Mmede Montbriant, où il s'arrêta deux jours, il traça les grandes lignes de cette oraison funèbre et en écrivit l'.exorde. Le lendemain soir, à Bligny, il communiquait ce plan à M. Foisset. Arrivé le 6 octobre à Orléans, le 9 il montait en chaire, au milieu d'une foule immense. M. Berner était dans l'auditoire; on le vit fondre en larmes aux premières paroles de l'évêque :
« Nous venons déposer sur leur tombe lointaine non pas des larmes, mais des louanges, avec nos prières ; et sur ce qui reste d'eux ici-bas, sur le dépôt vénéré de leurs cendres bénies, redire à leurs âmes immortelles : Vous êtes bien heureuses, car ce qu'il y a encore ici-bas d'honneur et de gloire pure s'est reposé sur vous, avec la vertu de Dieu. »
Il ne put tout dire dans cette chaire. « J'ai rarement rien fait dans ma vie, écrivait-il après le discours à M. du Boys, qui m'ait donné autant de peine, non pas tant à cause de ce que j'ai dit, que de ce que je n'ai pu dire, et dont j'étouffais. Je m'en suis tenu à la grandeur morale, et n'ai presque rien dit sur les indignités et les horreurs dont nous sommes témoins et victimes. .»> Néanmoins, les auteurs et les complices de l'attentat reçurent la flétrissure méritée, et les héros et les martyrs — telle était la division du discours, — furent glorifiés magnifiquement. Faisons sentir, au moins par quelques extraits, le souffle d'honneur chrétien et français que le fier évêque fit ce jourlà encore passer sur les âmes :
« Je ne sais, Messieurs, mais en méditant sur cette grandeur morale, quelque chose de profond, de sacré, de divin, comme un respect religieux, me saisit devant ces jeunes courages... 0 collines de Castelfidardo, qui avez bu leur sang et garderez leurs os, votre nom hier encore était inconnu, désormais il est immortel ! Ah ! c'est que, bon gré mal gré, la gloire pure laisse sur la terre des traces resplendissantes que rien n'efface. Les trépas généreux consacrent à jamais les lieux où sont tombés les héros. Pourquoi faut-il qu'après tant de siècles lésâmes palpitent encore au nom des Thermopyles? Parce que là trois