CHAPITRE XIII
spectacle d'anarchie et de déprédation ; dans les Etats napolitains, ce jeune roi qui tend vainement au Piémont une main loyale : qui demande aux rois de l'Europe, dont seul il soutient l'honneur, un secours, et n'en reçoit que de vains conseils, et puis je ne sais quels grands cordons : qui proclame l'amnistie, les institutions les plus généreuses, arbore le drapeau italien, mais voit la trahison piémontaise partout autour de lui : dans la flotte, dans l'armée, dans le ministère qu'on lui a désigné, et presque dans sa famille ; un oncle qui l'accuse devant l'Italie ; un général Nunziante qui passe à l'ennemi et sollicite ses soldats à la défection ; un Liberio Romano, cette rare ligure de traître, qui accepte de François II le ministère de l'intérieur, pour y organiser toute trahison ; qui proclame François II son auguste maître, et bientôt après fait des adresses au très invincible Garibaldi, rédempteur de l'Italie ; mérite et reçoit de la main de Garibaldi l'épée d'honneur qui lui convenait, ce même portefeuille qu'il tenait de François II ; puis ce secours donné par l'artillerie piémontaise à l'invincible Garibaldi battu sur le Yolturne; et au moment où, désabusé de sa confiance et rendu à son courage, le jeune roi va résolument combattre les troupes de la révolution, le roi piémontais lui-même, sans déclaration de guerre, et tandis que les ministres respectifs étaient encore accrédités auprès des deux cours, venant en aide à Garibaldi; le mensonge de la complicité tacite faisant place enfin à l'audace de la confraternité des armes; le droit public ne protégeant plus rien : puis cette entrevue du révolutionnaire et du roi qui lui tend la main et lui dit : « Merci », lui qui, au jour du péril, l'a désavoué devant l'Europe; lui, fils de ce Charles-Albert qui refusa la couronne de Sicile, qu'on lui offrait indûment ; puis, cette entrée à Xaples, côte à côte, dans la même voiture, du hardi forban en blouse avec le roi ; puis, toute cette votation, avec les trois urnes, sous la terreur des baïonnettes et du stylet: l'état de siège dans les provinces, afin de bien constater l'unanimité des suffrages; tout mouvement contre le mouvement piémontais puni de mort; le cri de vive François II, puni de mort; des
g» VIE DE MONSEIGNEUR DUPANLOUP.
soldats de François II, uniquement pour avoir été fidèles à leur roi. punis de mort: les colonnes piémontaises lancées en tous sens dans le pays, pour y porter la terreur et la mort; d'effroyables ordres du jour; Cialdini ordonnant de fusiller sans merci les paysans parce qu'ils sont fidèles à leur prince, au Pape, à leur religion, à leur pays ; Pinelli, plus sauvage encore : a II faut, dit-il, écraser le vampire
sacerdotal Soyez inexorables comme le destin
Contre de tels ennemis, la pitié est un crime... i En conséquence, d'effroyables fusillades; des prêtres, des magistrats, emprisonnés et fusillés; avec les fusillades, les bombardements: après le bombardement d'Ancône, le bombardement de Capoue, le bombardement de Gacte, un des plus effroyables dont l'histoire des sièges fasse mention; les bombes s'attaquant spécialement aux maisons, aux églises, aux hôpitaux : les officiers de l'ancienne marine napolitaine traduits devant les conseils de guerre piémontais parce que chez eux un dernier reste d'honneur se refuse à bombarder leur roi et leur jeune reine; la trahison mettant fin à ces horreurs, et à une défense héroïque, par l'explosion des poudrières: voilà, Messieurs, quelque chose des atrocités qui ont passé sous nos yeux: voilà ce qu'a fait le Piémont : Lui devions-nous tant d'impunité?... »
D'autant plus irrité contre les évèques et les catholiques qu'il se sentait plus coupable, le gouvernement impérial entra alors dans une voie fatale : la guerre au clergé : guerre qui encouragea et activa une autre guerre plus profonde, la guerre à la religion et à Dieu. Les fautes s'enchaînent ; ces lamentables entreprises contre le Pape jetaient l'Empire entièrement hors de ses voies. Cette guerre au clergé se manifesta par une série de mesures administratives vexatoires, et par des tracasseries envers les personnes, « mesquines » et misérables, au jugement même de ceux qui étaient condamnés à en être les instruments. Le -20 février 1861, tous les fonctionnaires, et les magistrats eux-mêmes, recevaient du préfet du Loiret, par voie de circulaire confidentielle, l'ordre de cesser toute