‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 134 sur 231 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

relation avec l'évêque. Le gouvernement lui faisait cet honneur, ainsi qu'aux évèques de Nîmes, de Moulins et de Poitiers, de le mettre en interdit. Espérer par là fermer la bouche à un tel évêque sur de telles questions, c'était bien peu le connaître; faire cela à Orléans, c'était se tromper aussi sur la société orléanaise, et se heurter à une chose puissante dans celte ville, la vénération des Orléanais pour leur évêque. « M?r Dupanloup, c'est l'aveu même échappé au préfet qui fut chargé de continuer ces tristes mesures, régnait absolument sur toute la société orléanaise, qu'il entraînait par l'invincible attraction de ses hautes vertus et de son immense talent. La population entière aimait et respectait son évêque1. » C'était se tromper enfin sur la magistrature d'Orléans. Au fond, le gouvernement ne frappait que ses propres fonctionnaires; grande faute toujours que d'humilier et de blesser ceux qui vous servent. Qu'arriva-t-il?

M. Cousin avait raison de lui écrire : « Quelle lettre que celle de votre préfet! Est-ce que tout Orléans ne va pas se précipiter chez vous? »

L'évêque d'Orléans ouvrait, depuis quelque temps, ses salons le dimanche à tous ses diocésains, sans exception, disant que sa maison était celle de tout le monde: et on y venait en foule. A la réception qui suivit la remise de lacircuhïrecoHftdentieUe, il y eut à l'évêché une aflluence inaccoutumée ; et personne chez le préfet : si bien qu'on dut le faire partir immédiatement pour une autre destination.

Les magistrats Orléanais n'acceptèrent pas ces ordres, intimés à eux par l'autorité administrative, et entendirent conserver leur indépendance traditionnelle, et la liberté de leurs relations. Leur chef, M. Dubois (d'Angers), premier président, s'honora par une conduite simple et ferme, tout à fait digne d'un magistrat. Il continua a voir l'évêque, sans affectation, mais sans crainte. Le 10 mars, quatre cents personnes étaient réunies dans la grande salle de l'évêché pour assister à une séance littéraire, donnée par les jeunes gens du cours supérieur ; au mi-

1. VEtat et le Clergé, par M. de Coëtlogon, ancien préfet du Loiret.

lieu de la séance, on vit apparaître M. le premier président : il fallut le regard et le geste énergique de l'évèque pour empêcher les applaudissements d'éclater. Quand eut lieu la distribution des prix du lycée, le préfet fit défendre d'envoyer à l'évèque l'invitation d'usage. Mais à celle du Petit Séminaire le premier président et nombre de magistrats assistèrent comme de coutume. Vint l'audience de rentrée de la Cour : ordre du garde des sceaux de n'y point inviter L'évèque. M. le premier président se trouvait alors à la campagne, et avait même chez lui un ami, M. Piou, premier président à Toulouse, un magistrat de la vieille roche aussi. Xe voulant pas qu'un autre que lui à Orléans eût ici la responsabilité, il part sur-le-champ, signe lui-même l'invitation destinée à l'évèque, et reprend le chemin de fer. Il y avait donc, quoi que l'on ait dit, des magistrats sous l'Empire.

Quant à l'évèque, sa seule peine dans cette affaire était le « trouble profond :» que ces « mesquines tracasseries » j étaient dans sa ville épiscopale. Ce trouble fut plus grand que jamais aux approches d'un concours agricole régional, qui devait réunir à Orléans les préfets de sept départements. Comment de ces fêtes pacifiques exclure l'évèque et un tel évêque? Son absence eût trop éclipsé et refroidi les pompes officielles. Singulièrement embarrassé, le préfet négociait près de l'évèque et du ministre. L'évèque, écrivait-il au ministre, n'était pas ce que sa vive opposition eût pu faire penser, un irréconciliable; et TEmpereur, faisait-il dire à l'évèque. n'était pas non plus pour l'Eglise ce que croyait l'évèque d'Orléans. Ne pourrait-on pas s'expliquer? Pourquoi l'évèque n'accepterait-il pas une entrevue? Pourquoi l'Empereur n'accorderait-il pas une audience ? Très disposé à pousser la condescendance jusqu'aux dernières limites possibles, mais pas au delà, l'évèque d'Orléans lit part du tout à M. Cochin.

« 5 mai 1861 (en tournée pastorale). Mon cher ami,

»... Les tristes procédés de l'ancien préfet mettent notre chère ville d'Orléans en de vrais embarras...

» Le nouveau préfet a fait faire des démarches auprès de moi.

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