‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 135 sur 231 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

» Sauf aucune condition quelconque, je n'ai aucune répugnance à voir personne, et à dire pour l'Eglise ce qu'il me paraîtra utile de dire à chacun.

» Je n'aurais même aucune difficulté à voir l'Empereur ; il faut seulement que les choses se fassent de façon que rien ne soit compromis, ni pour moi, ni pour la cause que je défends.

» Il va sans dire que j'ai absolument refusé toute promesse et tout engagement préalables.

» Les instances extraordinaires qui me sont faites pour aller chez l'Empereur tiennent peut-être à un changement, ou du moins à un temps d'arrêt dans la politique.

» Voyez tout cela, et veuillez m'en dire immédiatement votre avis, et celui de nos deux amis... (MM. de Falloux et Montalembort).

» P. S. — On vient de m'envoyer une invitation pour le banquet du comice agricole. »

M. Cochin lui répondit : « 6 mai 1861. Monseigneur, il y a quatre jours qu'on parle en tous lieux d'une visite que vous auriez faite aux Tuileries. S. M. l'Impératrice l'aurait dit à une de ses dames, qui l'a positivement répété. On raconte que vous êtes sorti parfaitement content, et que la paix est faite. Je n'entre pas dans un salon, sans qu'on me demande si cela est exact, si cela est possible.

» J'allais vous en écrire, lorsque je reçus vos questions. Vous pouvez donc juger d'avance le parti que l'on entend tirer de ce qu'on vous engage à faire, puisqu'on s'en vante, on s'en fait un jeu, avant que vous l'ayez fait.

» Vous êtes au moment de recueillir le bénéfice de votre noble et ferme conduite ; de grâce, n'en démordez pas.

» Je comprends la tentation d'une conscience haute et droite, qui est toujours prête à s'ouvrir, à s'exprimer, à se confier, à pardonner, à conseiller le bien. Mais j'ai beau faire, je crois à un piège.

» Cette tentation, cette persuasion d'agir sur l'Empereur par de bonnes et fortes raisons, M=r Morlot,

Ms* Parisis l'ont eue ; M?r de Salinis mourant l'a essayé. Ce qu'ils n'ont pu obtenir, comment l'obtiendriezvous?

» Je vois là une petite et une grande manœuvre. Petite manœuvre d'un préfet souple, succédant à un préfet raide, et qui se fait fort de vous adoucir, de vous faire accepter une audience dont il s'est pourvu d'avance. Grande manœuvre du gouvernement, qui veut essayer un replâtrage avec le clergé, en vue et à l'approche des élections, sauf à évacuer Rome après, ayant comme toujours le bénéfice de sa parole violée...

» Si vous allez au comice y parler religion, sans un mot de politique, si vous y figurez officiellement, tout va bien, sans que rien soit compromis.

y> Si l'on achète votre présence par une négociation secrète, si l'on croit que votre caractère va trinquer avec la politique gouvernementale, et que tout soit dit, on vous tend un piège, et ce serait votre faute d"y tomber. Vous changeriez en triomphe L'embarras où est votre préfet, et où il convient de le laisser. »

M. Cochin ne se trompait pas ; le ministre, on le sait maintenant par ses lettres officielles publiées, voulait positivement obtenir de l'évêque un désaveu et une promesse1. C'était perdre son temps. On finira, nous le verrons, par le reconnaître, et on se hâtera alors de mettre fin à une situation où l'administration ne faisait que s'amoindrir, en grandissant celui qu'on voulait faire capituler.

1. Il consentit à voir M. Rouland pour affaires. Mais, ainsi que ce ministre l'a écrit au préfet du Loiret, « pas un mot qui ait été un vrai désaveu du passé... b L'Etat et le Clergé, par M. de Goëtlogon.)

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