CHAPITRE XIV
très soucis, et de ne cesser jamais de tenir levé ce glorieux étendard à la vue des hommes, si abaissés vers les misères de la terre?... Et comme je sentais encore, au milieu de toutes ces grandeurs de la glorification des Saints, la grandeurdela sainteté elle-même ! Les Saints m'ap paraissaient, au milieu des tristes temps où nous sommes, comme les hommes vraiment supérieurs, les vrais grands hommes, les forts caractères, les vrais courages, les âmes héroïques, les athlètes invincibles de la vérité et du devoir, les hommes dont le moud.' a le plus besoin, les véritables sauveurs de la société, le parfum de la terre, l'arôme qui empêche l'humanité de se corrompre. Et je disais alors à Dieu, dans toute l'ardeur de mon àme : Des Saints ! ô mon Dieu ! Donnez-nous des Saints ! »
Le lendemain les trois cent évêques entouraient Pie IX au Vatican. Lis n'étaient pas venus de partout, en un tel moment, pour ne rien dire au Pape. Quand l'Eglise même, quand la condition extérieure de sou gouvernement était en cause, l'Eglise réunie ne pouvait point ne pas parler. Mais rien n'importait plus que l'Adresse des évêques : ce qu'elle dirait, et ce qu'elle ne dirait pas. Affirmer la nécessité du pouvoir temporel connue garantie de l'indépendance spirituelle, et flétrir les attentats consommés ; puis remonter des attentats à leurs causes, donner aux souverains, spectateurs inertes de cette flagrante violation du droit de souveraineté, les leçons nécessaires, les évêques ne pouvaient pas ne pas le l'aire. Mais la situation de la France à Home, et l'attitude passée et future de son gouvernement, présentaient pour les évêques fiançais qui auraient a signer l'Adresse, des délicatesses particulières. Il fallait rester Français, même à Rome. Et la politique d'ailleurs était d'accord ici avec le sentiment patriotique. L'évèque d'Orléans estimait que l'Eglise n'est pas tenue de pousser la reconnaissance au delà des bienfaits, mais que les services réels ne doivent jamais la trouver ingrate. C'est dans cet ordre d'idées qu'il avait rédigé, avant de partir pour Rome, un projet d'Adresse. Mais le cardinal Wiseman de son côté en avait un, peu bienveillant pour la France, de sorte que deux projets d'Adresse
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se trouvaient en présence. L'évèque d'Orléans demanda qu'une Commission discutât ces deux projets. La Commission les fondit ensemble : les déclarations sur la souveraineté temporelle du Pape fut prise textuellement dans le projet de l'évèque d'Orléans. Ce fragment par exemple est de lui :
« Qui pourrait nier que dans le conflit des choses, des opinions et des institutions humaines, il faille, au centre de l'Europe, un lieu sacré, placé entre les trois continents du vieux monde, un siège auguste, d'où s'élève tour à tour, pour les rois et pour les peuples, une \oix grande et puissante, la voix de la justice et de la vérité, impartiale et sans préférence, libre de toute influence particulière, et qui ne puisse être, ni comprimée par la terreur, ni circonvenue par les artifices? * etc1.
Et de plus non seulement rien de désagréable à la France ne lut inséré dans l'Adresse, mais encore l'évèque d'Orléans réussit à y faire introduire des déclarations très explicites sur la nécessaire alliance du patriotisme et de la foi : a Nous sommes venus libres devant le Pontife-Roi libre, pasteurs dévoués aux intérêts de l'Eglise, citoyens dévoues aux intérêt de la patrie, et ne manquant ni à nos devoirs de pasteurs, ni à nos devoirs de citoyens2. » De lui enfin sont ces vues politiques et ces graves avertissements : « Plût à Dieu que les princes et les puissances du siècle comprissent que la cause du Pontife est celle de toutes les souverainetés et de tous les Etats ! Plut à Dieu
1. Civilem enini Sandre Sedis principatum ceu quiddam necessarium ac providente Deo manifeste institutum agnoscimus; nec declarare dubitamus, in pi resenti reniai humanarum statu, ipsum hune principatum civilem pro bono ac libero Ecclesiae animarumve regimine omuino requiri Oportebat sane lotius Ecclesire caput Romanum pontificem nulli principi esse subjectum, imo nullius hospitem; sed in proprio dominio ac regao sedentem suimet juris esse, et in nobili, tranquilla et aima libertate catholicam lîdem tueri ac propugnare, totam iue regere ac gub^rnare Christianam Rempublicara, etc.
2. Ad liberam ergo Pontificem Regem venimus liberi, Ecclesiœ rébus utpote cives bene et reque consulentes, neque pastorum, neque civium officia posthabentes...