CHAPITRE XIV
qu'ils vissent où tendent les efforts de ses adversaires, et ce qu'il peut y avoir au bout de ces entreprises M »
Au reste, toute son attitude à Rome, son langage comme ses actes, furent ceux d'un évèque à la fois dévoué à l'Eglise et à la France. « Que voulez-vous? disait-il; on sent son pays; on sent ce qui bat dans sa poitrine et ce qui coule dans ses veines ! Je ne comprends pas ces hommes qui ne croient pas qu'on puisse allier l'amour de l'Eglise et l'amour de la patrie, et qui voudraient arracher de la poitrine du prêtre le cœur du citoyen. » Et quand il retrouvait là notre armée et notre drapeau, quoique triste de ce qui n'avait pas été fait, il ne voyait pas sans quelque orgueil la France monter la garde au Capitole ; et tous ses vœux étaient pour que la politique séculaire* de notre pays, dont notre drapeau était encore le vivant symbole, s'y retrouvât bientôt tout entière. En fait, de barrière sérieuse contre les envahisseurs, il n'y avait que celle-là. « Toute autre apparition à Rome de ceux-ci ou de ceux-là, disait-il, est impossible ; et la pensée de ces hordes révolutionnaires, et de ces politiques tour à tour hypocrites et effrontés, qui, sur mer comme sur terre, ne cessent de frémir autour des frontières romaines, cette pensée seule fatigue la patience et l'honneur français. »
Un discours important qu'il eut l'occasion de prononcer ne servit pas peu à appeler encore sur lui l'attention avec éclat. Pie IX s'était toujours montré très préoccupé de l'Orient : ses premières paroles avaient été un encouragement pour les chrétiens orientaux, et, tout récemment encore, il venait de donner un témoignage de sa sollicitude pour ces Eglises en créant une section orientale dans la Propagande; d'heureux symptômes se manifestaient en Orient, et pour seconder ce mouvement de retour, comme aussi pour régénérer ces vieilles Eglises, le Vicaire apos-
1. Utinam intelligerent erudirenturque Reges et sœculi Potestates, causam Pontiticis omnium principum regnorumque esse causam, et quo tendant nefarii adversariorum ejus conatus, ac tandem novissima providerent !
tolique et les évêques qui résidaient dans la capitale de la Turquie venaient, avant de partir pour Rome, d'adresser un chaleureux appel aux catholiques d'Occident. A Rome, ils voulurent profiter, pour les besoins de leurs églises, de l'a Ifl u en ce immense des pèlerins; et le 3 juin, une messe solennelle, selon le rite oriental, fut célébrée à l'église Sainl-André de la Vallée, par M9' Ilassoun, primat arménien de Constanlinople, assisté de tous les évêques et prêtres orientaux présents a Rome. Celte messe devait être suivie d'un sermon et d'une quêle pour les chrétiens d'Orient, et ce fut a l'évêque d'Orléans qu'on s'adressa pour ce sermon. Un grand nombre de cardinaux et la plupart des évêques présents à Rome assistèrent à celte messe en habit de chœur : la vaste église était envahie tout entière par des Romains et des pèlerins, laïques et prêtres, de toutes les nations. L'évêque d'Orléans parla devant ce magnifique auditoire du haut, non pas d'une chaire, mais d'un tabulatum, à la manière italienne, debout, enveloppe d'un long manteau, le même qu'il porta plus tard à Mali nés : son discours, mélange d'enthousiasme et de doctrine, se divisait en deux parties :
Dans la première, s'inspirant des circonstances, il interprétait eloquemment la pensée de Pie IX et le sens de ce grand concours, à Rome, d'évêques venus de tous les points du monde chrétien; dans la seconde partie, il disait tout ce que nous devons à l'Orient pour le passé, tout ce que nous en espérons pour l'avenir. Les allusions aux malheurs du Pape et aux menaces de l'Italie étaient inévitables. Lorsque, parlant de la majesté de Saint-Pierre, son àme poussa ce cri : « Il y a des hommes qui veulent habiter là, qui veulent se poser et s'asseoir là, au milieu de ces splendeurs et de ces grandeurs ! Mais c'est impossible! Mais la nature invincible des choses y répugnera éternellement !... Il faudrait alors raser Home tout entière, et en faire une ville à votre taille... » l'auditoire, transporte, éclata en applaudissements : et a trois reprises applaudit encore; au point que les évêques qui avaient été obligés, à cause de la foule, de rester dans le sanctuaire, et qui entendaient les applaudissements, et