‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 140 sur 231 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

pas les paroles, se demandaient, non sans une certaine inquiétude : « Mais qu'y a-t-il donc ? » Il n'y avait pas d'excitations intempestives, mais seulement des catholiques enthousiasmes, et un grand évêque qui leur disait : « Je ne sais, Messieurs, si c'est l'usage en Italie d'applaudir dans les églises. Quand c'est au Saint-Père que s'adressent les applaudissements, et si, dans les circonstances exceptionnelles où nous sommes, ils ne peuvent se contenir, je m'incline; mais, si ce pouvait être à moi, je vous demanderais de m'ouhlier. »

Trois jours avant de prononcer ce magnifique discours, il était aile prêcher à Marino aux zouaves. Quand les évèques arrivèrent à Rome, les zouaves pontificaux se trouvaient casernes à Marino, petite ville située à quelques milles de Home, entre Frascali et Alhano, et non loin de Castel Gandolfo, sur une de ces belles et riantes collines dont la chaîne forme le majestueux horizon de la Campagne romaine. Ces jeunes soldats, pieux non moins que vaillants, s'étaient plu h faire le Mois de Marie dans l'église collégiale de Marino. Dès qu'ils apprirent la présence à Home de l'évèque d'Oiléans, le vaillant défenseur du Pape, l'éloquent panégyriste des victimes de Castelfidardo, désireux de l'entendre, ils l'invitèrent a venir leur parler pour la clôture du Mois de Marie. Malgré les préoccupations du moment, — c'était au plus fort des discussions pour l'Adresse, — malgré le grand discours qu'il devait faire trois jours après à Saint- André de la Vallée, l'évèque d'Orléans ne voulut pas refuser à ces braves jeunes gens ce témoignage de sa sympathie. Le samedi 31 mai, il partit donc de Rome pour Frascati avec la famille Borghese, et le lendemain dimanche, 1er juin, il se rendit dans l'après-midi à Marino. La population tout entière, mêlée aux zouaves, remplissait les rues de la petite ville, H suivit avec le bataillon, musique entête, l'évèque d'Orléans à l'église. Plusieurs ecclésiastiques et pèlerins étaient aussi venus de Iîome à Marino pour cette fête. N'ayant pas eu le temps de préparer un discours, il parla à ces jeunes soldats sur la force chrétienne, sujet qu'il avait souvent traité en chaire, et aussi sur la sainte

Vierge : « 0 mes jeunes amis, leur dit-il en terminant, permettez-moi de vous donner ce nom, que justifie ma tendre admiration pour vous, et peut-être aussi dans vos cœurs quelque affection pour moi, c'est à vous qu'il appartient de vous montrer en tout les modèles du soldat chrétien; je ne dis point par la valeur, je n'ai rien là-dessus à vous apprendre, je dis par toutes les fortes et labo- . rieuses vertus de la vie militaire, et par toute la générosité et la pureté d'une vie chrétienne. Vous êtes heureux, oui, heureux, à un âge où tant de jeunes gens ne savent que faire de leur temps et le perdent tristement dans l'inaction des grandes villes et d'indignes plaisirs, vous êtes heureux d'avoir pu donner votre jeunesse à une grande cause, par un dévouement qui sera l'honneur éternel de votre vie. Oh! j'aime à voir sur vos jeunes poitrines, en grand nombre, les signes de la valeur ; j'aime à voir en quelquesuns de nobles cicatrices; j'aime surtout à me représenter dans les âmes de tous les sentiments de la vraie piété, et spécialement, Messieurs, de la piété envers la très sainte Vierge; car je dois y revenir en terminant : oui, la dévotion envers Marie, c'est par excellence la dévotion des jeunes guerriers : par je ne sais quelle amabilité, quelle douceur, quelle candeur, quelle tendresse pure qui respire dans la Vierge sainte, la dévotion envers Marie sied bien à la jeunesse; et par les idées de force et de victoire qui se rattachent à ce nom glorieux, elle sied bien à des guerriers. »

En dehors de ces actes et de ces discours, son séjour à Rome fut un vrai pèlerinage. A peine arrivé, M. le duc Salviati lui ayant dit qu'il y avait ce jour-là même un Salut à Saint-Pierre, il s'y rendit, sans presque se donner le temps de secouer la poussière du voyage. Il vit, en effet, Pie IX agenouillé au milieu des 'cardinaux, devant l'autel du Saint-Sacrement, dans cette attitude de piété qui était si touchante à voir; il entendit chanter le Tu es Petrus; puis, après le Salut, s'avançât! t lentement dans la vaste nef, et, arrivé à la confession de l'Apôtre, levant les yeux sur la coupole rayonnante, nous l'entendîmes, pénétré d'une émotion profonde, s'écrier : « Et 'cest bien

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