CHAPITRE XV
là qu'ils veulent venir!... » C'est cette même émotion qui, le saisissant de nouveau, avec plus de puissance encore, à Saint-André de Ja Vallée, lui arracha ce cri qui entraîna les premiers applaudissements de l'auditoire.
Dès le lendemain, il alla dire sa messe à Sainte-Marie- Majeure, dans la chapelle des Borghèse, puis il lit le pèlerinage des sept basiliques. Il ne se passait presque pas de jour qu'il n'allât visiter quelque sanctuaire ou quelque lieu fameux : la prison Mamertine, un des lieux de Rome qui l'émouvait le plus; quelquefois le Colisée ou les catacombes; Saint-Philippe de Néri, le Gésu; surtout, en face du Quirinal, la petite chapelle des Sacramentate, dont les chants suaves et les pieux Saluts le touchaient profondément.
Un jour, avec quelques amis, M. et Mrae Cochin, M. Ampère, Mrae Ozanam, sa fille et sa mère, après avoir visité au moutCélius l'antique couvent de saint Grégoire, grand Pape, dont il admirait le génie et les vertus, — avec quel accent il rappelait ces paroles du Saint Pontife sur les jeunes esclaves saxons : Non angli, sed angeli ! — il alla faire sur la voie Apienne, jusqu'au tombeau de Cecilia Metella,et plus loin encore, une promenade qui fut pleine d'intérêt. M. Ampère savait par cœur la voie Appienne : ces vieux P»omains drapés dans leur toge, qui nous regardaient passer, il les connaissait tous, et, sans même relire les inscriptions de ces tombeaux, il nous les interprétait de mémoire; sur l'un d'eux, et pour rendre un hommage délicat à la ferme foi chrétienne, il lit lire à l'évèque le doute touchant la vie future : Si sint Di Mânes! Mais à un certain endroit, ce fut l'évèque qui tint la conversation. On avait parlé de saint Paul qui avait passé là et foulé les mêmes blocs peut-être que nous foulions nousmêmes. S'animant à ce souvenir : « Mon ami, nous dit-il, donnez- moi votre Nouveau Testament ; » et trouvant immédiatement la page qu'il voulait, il se mit à la lire et à la commenter avec une extraordinaire éloquence. Nous faisions cercle autour de lui ; tète nue, ses cheveux blancs soulevés par la brise, le visage enflammé par l'inspiration, il parlait; un cavalier de la campagne romaine, qui
passait avec son costume pittoresque, s'était arrêté, étonné, et regardait. Les paroles qui jaillirent alors de son àme sont celles a peu près qu'il dit à Saint-André de la Vallée quelques jours plus tard :
« Quel est cet autre Oriental qui arrive par cette voie Appienne où a passe tout le vieux monde? Le voyez-vous à Pouzzoles, debout sur la poupe du navire, portant avec lui l'Evangile et la fortune du monde, jetant de là un regard impatient sur l'Italie? Il s'avance jusqu'à ce Forum Âppi et à ces Très tabernas qui sont là encore; là il rencontre les chrétiens de Rome venus au-devant de lui, et consolé, fortifié par leur affection, car dans sa poitrine d'apôtre il portait un cœur d'homme, et le texte sacré remarque que son cœur avait besoin de couliauce, il en prit, accepit fiduciam, et. remerciant Dieu, il marcha en avant, a travers ces fastueux tumbeaux que nous voyons encore et les temples des faux dieux, vers cette grande Rome qu'il venait conquérir à Jésus - Christ. C'est Paul, l'apôtre des nations, qui vient finira Rome par le martyre cette grande carrière apostolique commencée à Damas. »
M. Ampère était d'autant plus ému qu'il admirait Beaucoup saint Paul et qu'il avait composé sur cet apôtre un poème encore inédit. Le soir, chez M. Cochin, ayant consenti à lire un long fragment de ce poème, il causa à l'évêque une de ces émotions que celui-ci était si prompt à ressentir, et qui ne venait pas ici seulement de la poésie, mais d'une région supérieure encore. Cet ami d'Ozanam, cet homme honnête et sincère, en route depuis quelque temps vers la foi, n'y était pas encore arrivé : « Vous avez fait tant de bien a M. Ampère, lui écrivait le lendemain 31. Cochin, que je me permets de lui écrire quatre lignes pour lui dire que vous voulez le remercier sans témoins. Il y a là le talent du poète, mais aussi le travail d'une âme; s'il voit que vous avez éprouvé plus qu'une émotion littéraire, si vous le lui dites avec votre exquise délicatesse qui sait toucher sans pousser, il sera ému, et Dieu fera le reste. » Le plaisir que l'évêque causa ce jour-là à M. Ampère, 31. Ampère le lui rendit lorsque, après la