CHAPITRE XIV
cérémonie de la canonisation des martyrs japonais, l'apercevant sous le péristyle de Saint-Pierre, il alla à lui et lui dit avec émotion, en lui prenant les deux mains : « Monseigneur, soyez tranquille, ce que nous venons de voir est divin. »
Nous ne pouvons pas ne pas mentionner au moins les rapports qui s'établirent, pendant ce séjour à Rome, entre lui et le. jeune roi et la jeune reine de Xaples, lesquels recevaient de Pie IX, au palais Farnèse, l'hospitalité que Pie IX avait trouvée autrefois à Gaëte. Sa sympathie était profonde pour ces royales infortunes, et vive aussi son admiration pour ce que la jeune reine avait montré, pendant le siège, de courage chevaleresque, et il aimait à citer d'elle ce mot : « C'était si beau, Gaëte! » Il s'ensuivit des rapports spirituels qui n'ont pas dû rester stériles pour l'àme de la jeune et infortunée reine, mais qui sont le secret de Dieu.
Son désir eut été, en retournant en France, de passer par Lorette, et de faire un pèlerinage à Gasteliidardo; mais les journaux italiens étaient si pleins de menaces contre lui, qu'on crut prudent de l'y faire renoncer. Il reprit la mer, qui l'éprouva beaiicoup : fatigué, d'ailleurs, de tous ces labeurs de Rome, il voulut, avant de se replonger dans le travail à Orléans, chercher, à Lacombe et à Menthon, comme toujours, la retraite pour son àme, et pour ses forces le repos. Les commérages des journaux, après comme pendant le séjour des évêques à Rome, allaient leur train. On débitait sur lui, en particulier, mille choses fantastiques. «On dit dans les journaux, lui écrivait M. Cochin, que vous avez dîné cbez M. de la Valette: on vous fait parler, aller, agir, dans des correspondances ridicules; le Constitutionnel a été jusqu'à donner textuellement le discours que vous auriez prononcé en bénissant la caserne de Al?rde Mérode» (c'est le Pape qui avait béni cette caserne, et il n'y avait pas eu de discours du tout), en ajoutant : «J'étais présent à cette allocution.» Comme on se moquerait de ces gens -là, si on avait un journal pour leur répondre. »
En somme, l'effet de la réunion de Rome avait été très
grand. « M. Thiers, M. Cousin, comme M. de Montalembert, lui écrivait M. Cochin, sont très contents. Cette démonstration de la puissance, de l'union, de l'étendue de l'Eglise, a beaucoup frappé. On sent que l'heure des funérailles d'un vivant si vivant et si colossal n'est pas venue. Les événements suivront leur cours; mais Dieu vient d'illuminer le pouvoir spirituel d'un rayon qui éblouit les plus malveillants. Tous avez grandi, beaucoup grandi. On sait ce que vous avez fait, ce que vous avez empêché. C'est le moment de ménager vos forces, car jamais votre autorité n'a été plus grande. »
Mais parut, les 4 et 5 juillet, dans la Patrie, un récit qui fit beaucoup de bruit. M. Cochin lui écrivit de nouveau : ce Le Plessis, 7 juillet J 8 G 2 . Il n'est pas douteux pour moi que ces articles sont la paraphrase, et souvent la copie textuelle des dépèches de M. de Bellune qu'il m'a montrées à Rome... 11 y a du vrai, avec beaucoup de faux, et vous y êtes tellement mis à part que l'on dira que cela vient de vous, et qu'on s'en servira longtemps contre vous... Le récit sera cru jusqu'à un démenti, dont vos collègues vous sauront gré, ainsi que Rome, si je ne me trompe. » Quelques jours après, M. Cochin insistait encore : « Je viens de passer deux jours k Paris, et ce que j'y ai entendu me fait croire de nouveau et plus fort qu'un mot de réponse à la Patrie est attendu et désirable. Il vous restituera nettement votre vraie situation : très Français à l'étranger, très libre en France, très évèque partout. »
Mais, pour le moment, l'évêque, goûtant la paix des montagnes, auprès d'amis bons et fidèles, la tète nue sous le ciel bleu et sous les ombrages, tenait trop haut son âme pour l'abaisser à ces discussions. Sur les sommets élevés les fumées n'incommodent pas ; on voit leurs vapeurs noirâtres monter un peu, s'agiter, puis s'évanouir. Vues de haut, les injures de la terre paraissent de même infiniment petites. Les grandes émotions rendent indulgent; les grandes admirations, quand il faut redescendre à ce qui est mesquin, transforment la colère en pitié. Il dédaignait, mais surtout il plaignait ceu\ qui n'avaient pas compris ce qui s'était fait à Rome, qui cherchaient