‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 144 sur 231 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

gie et la même indépendance, la souveraineté pontificale *.

Voici cette lettre :

« Monsieur le Ministre,

», Par une lettre que je reçois tardivement, à cause de mon absence momentanée d'Orléans, vous me faites l'honneur de m 'écrire que S. M. l'Empereur vous a chargé de m'exprimer ses félicitations et ses remerciements à l'occasion de ma conduite à Rome, au moment de la dernière et grande assemblée de l'épiscopat catholique dans la Ville Sainte.

» En remerciant à mon tour Sa Majesté et Votre Excellence d'une telle attention, je dois croire, Monsieur le Ministre, que, dans votre pensée, vous ne me séparez pas de mes collègues. Ce serait me causer un déplaisir auquel je suis peu sensible, quand il me vient de quelques journaux, mais que je ne pourrais accepter, s'il venait de vous. Car, sans m'arroger ici le droit de parler au nom de mes collègues, je me crois certes le droit de dire ce que dirait chacun d'eux. Il n'est pas une parole, pas une action sérieuse qui ne nous ait été commune a tous, soit quand nous avons vouiu témoigner au chef suprême de l'Eglise, à ce Pontife si magnanime et si cruellement éprouvé, notre respect pour sa personne et notre inviolable dévouement à ses droits, soit quand nous avons dû, à son exemple, signaler les périls que les attentats, dont il est la victime, font courir à la Société encore plus qu'à l'Eglise.

» Me serait-il permis, Monsieur le Ministre, de voir dans la lettre a laquelle j'ai l'honneur de repondre la preuve que cette unanimité de l'épiscopat catholique, et, j'ose l'ajouter, la grande conduite de l'épiscopat français, ainsi que le véritable caractère de la question romaine, sont en ce moment appréciés comme ils doivent l'être par le gouvernement et Votre Excellence?

"2. On s'y trompa si peu que le lendemain même de son arrivée, l'Orléanais que rédigeait, avec courage et talent, M. A. Godou, et qui défendait la cause du Pape, fut supprimé. Sur quoi M Cochin écrivait à l'évêque : « On ne m'ôtera pas de l'esprit que la politique de M. Rouland soit de vous embrasser trop fort. »

» Je ne saurais accepter vos paroles que dans ce sens, et alors je ne puis qu'en être touché. Autrement je ne saurais ni me les expliquer m* me les appliquer.

» Sans doute, à Rome, j'ai été Français, et j'étais lier et heureux de l'être. Et quand nous rencontrions ces vaillants généraux, ces jeunes soldats qui portent si bien notre drapeau, nous leur rendions hommage ; nous aimions à saluer ce qui demeure à Rome de la grande politique traditionnelle de la France: et il ne nous resterait aucun regret le jour où elle s'y retrouverait tout entière.

» Je ne puis croire, Monsieur le Ministre, que vous ne partagiez ces sentiments : et comment ne souhaiteriez-vous pas comme nous que votre parole puisse bientôt s'accomplir et que le chef suprême de l'Eglise soit enfin respecté dans tous ses droits de souverain temporel, comme le prince qui a ramené le Saint-Père au Vatican a déclaré le vouloir ? Pour moi, je ne veux pascesser de l'espérer, etdans tous mes écrits, même dans ceux qui ont pu vous être plus pénibles, je n"ai jamais exprimé d'autres vœux.

» C'est parla que j'étais charmé, ainsi que tous mes collègues, d'allier la grandeur de la France et l'indépendance de l'Eglise, et nos plus ardents désirs, comme évèques et comme Français, sont pour que cette alliance devienne indissoluble.

» Quant à ce que vous nommez, Monsieur le Ministre, le mouvement légitime des temps et des idées, mouvement auquel vous pensez que l'Eglise, suivant en cela ses grandes et sages traditions, doit s'associer, pour le diriger, j'aime à croire que l'accord serait facile sur ce point, et si ce mouvement, ainsi défini, pouvait être entravé, j'affirme que l'obstacle ne viendrait pas de l'Eglise. Elle ne se précipite pas ; mais en aucun temps elle n'a failli à sa mission.

» La vérité est, Monsieur le Ministre, que notre pèlerinage ad limina Apostolorum n'a fait que nous donner une occasion plus solennelle de proclamer tous ensemble ce que chacun de nous, dans son diocèse, avait déjà fermement exprimé. Là, comme dans les luttes rigoureuses qui avaient précédé, nous n'avons jamais eu qu'une intention,

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