‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 145 sur 231 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

celle de défendre l'Eglise attaquée et d'empêcher de funestes et d'irrémédiables dissentiments.

» C'estencore aujourd'hui notre espérance et ce serajusqu'à la fin le but de nos constants efforts, ayant toujours demandé à Dieu qu'il nous aidât à concilier, en dehors de toute passion humaine, le patriotisme du Français, la conscience de l'évêque, les franchises du citoyen, et le respect pour le gouvernement de notre pays. »

Il rentra à Orléans dans la nuit du 26 juillet pour éviter toute démonstration ; et le lendemain, malgré « une terrible fatigue », il exposait à sa cathédrale, devant une foule immense, ce qui s'était fait et dit à Rome, le sens et la portée de ces grandes manifestations. Il écrivit ensuite ce discours qui est une des plus belles effusions de son àme d'évêque : l'amour de l'Eglise et du Pape y déborde. « Finissez, lui avait écrit M. Gochin, par un appel aux cœurs, car vous devez être las de guerroyer et de châtier. Le grand défaut de certains documents, c'est de ne pas contenir un sourire, une larme, un espoir. Mettez un peu d'azur, comme vous le voulez, dans ce ciel sombre. » Sous le titre de : Souvenirs de Rome, ce discours, ainsi que ceux qui avaient été prononcés à Marino et à Saint-André de la Vallée, et aussi l'Adresse des évêques et l'Allocution du Pape, fut envoyé à son clergé, avec une lettre, où il répondait de haut aux bruits répandus par la presse, et reprenait aux yeux de tous sa véritable attitude, sa réelle physionomie.

Deux brefs, venus de Rome à peu de distance l'un de l'autre, l'un du 4 septembre en réponse à l'envoi du discours prononcé à la cathédrale, l'autre du 6 novembre, à l'occasion de l'envoi des Souvenirs de Rome, attestèrent hautement les sentiments de Pie IX pour l'évêque d'Orléans : « ...Nous avons eu, disait le Saint-Père, pour très agréable ce nouveau témoignage de votre affection. Nous connaissons votre ém inente vertu et piété, votre insigne dévouement pour nous et pour le Saint-Siège, et nous savons combien vous avez à cœur la cause sacrée de l'Eglise, de la vérité et de la justice. »

Mais celte lettre à son clergé, dans laquelle il essayait

en effet de mettre « un peu d'azur sur ce ciel sombre », était à peine achevée qu'il lui fallait de nouveau jeter le cri d'alarme. Garibaldi reparaissait, avec des appels sauvages : « Rome ou la mort ! » Et des troupes piémontaises se concentraient sur les frontières romaines. El dans les journaux, même français, des plans de toute sorte s'étalaient, nous indiquant les voies et moyens pour sortir de Rome. Sous forme de Post-script um à la lettre au clergé, l'évêque d'Orléans poussa un cri :

« ... Qu'y a-t-il donc ici? Je demande quel est le vrai du complot?

» Est-ce le flot qui monte ? Est-ce la Révolution qui déborde et emporte le Piémont? Peut-être. On s'y attendait ; et en tout cas, si ce moment n'est pas venu encore, il viendra...

» Est-ce chez les hommes du pays de Machiavel un calcul plus habile et profond, pour créer des nécessités a leur profit et placer la France entre une duperie et une épouvante ?

» Qui peut trouver étranges ceux qui le craignent ? Qui peut avoir oublié la grande tromperie du Piémont en 1860? Ne sait-on pas qu'alors la complicité tacite de la connivence avait précédé la comédie des désaveux? Et n'a-t-on pas quelque raison de soupçonner qu'aujourd'hui comme alors à la comédie des désaveux pourraient bien succéder laconfraternité desarmesetîa communauté des bénéfices?»

Il poursuivait, avec cette ardeur et cette flamme, perçant àjour toutes les combinaisons mises en avant, invoquant la raison politique, piquant au vif l'honneur français. La honte en effet eût été trop manifeste. Cette fois, une parole ferme fut dite à l'Italie, et l'aventure vint finir ignominieusement à Aspromonte. On imaginera un moyen plus honnête de quitter Rome.

Puis l'évêque reprit, sous les ombrages de La Chapelle, ses occupations accoutumées, bénissant Dieu de ce qu'il lui avait été permis de faire, et de ce que, au milieu de tant d'agitations et de labeurs, « les exercices de piété avaient toujours été sauvés ».

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