‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 146 sur 231 · Première partie : La Convention · texte numérisé non relu

Première partie : La Convention

Pendant le temps d'arrêt que subissait manifestement la question romaine, une modification grave sembla s'être opérée dans la politique impériale. M. Drouyn de Lhuys, un catholique respecté, un ministre habile, venait d'être rappelé aux affaires. Peut-être, « effrayé de son œuvre1, » l'Empereur cherchait-il à s'arrêter. Toutefois, si la circulaire par laquelle le nouveau ministre expliqua ses vues avait un bon côté, qui était de mettre Turin sur la sellette, en cessant d'y mettre Rome, que c'était humble, quand on s'appelait la France ! Rappeler ses promesses, ses conseils, ses ordres, avouer que le tout avait été stérile, quelle humiliation, sous des dehors de sagesse ! Et il faut ajouter que les nouvelles promesses étaient bien affaiblies par le souvenir d'un tel passé. Et, au fond, à quoi se réduisaient-elles? A arrêter, non à faire reculer le Piémont. « Le clergé serait bien naïf, écrivait à l'évêque d'Orléans M. Coehin, s'il se hâtait d'être enchanté, comme il en a, je crois, bien envie. » Mais qu'y faire? L'œil incessamment tourné vers Rome, l'évêque d'Orléans attendait, prêt à pousser le cri d'alarme au premier péril.

« Rappelé aux affaires dans les derniers mois de 1862, et chargé de pourvoir en Italie aux embarras d'un état de

1. Les quatre ministères de M. Drouyn de Lhuys, par M. le comte B. d'darcourt.

il — 16

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choses qu'il n'avait pas contribué à établir, M. Drouyn de Lhuys, a écrit un diplomate, ne pouvait avoir naturellement d'autre point de départ que cet état de choses; sa tâche était d'en amoindrir les conséquences... Du côté de la France, ii y avait un désir très réel d'enrayer un mouvement qui avait dépassé toutes les prévisions ». »

Que le mouvement italien eût dépassé toutes les prévisions, c'est ce qu'il est impossible d'admettre ; ou alors on était bien imprévoyant. En 1859, depuis plusieurs années que le Piémont nourrissait ses projets, qui les pouvait ignorer? Qui nous prouvera aussi que l'expédition de Garibaldi en Sicile et à Naples s'est préparée à l'iusu du gouvernement français, et que ce gouvernement a fait ce qu'il pouvait pour arrêter, soit l'aventurier, soit Cavour et Cialdini ? Mais que, au point où on avait laissé aller les choses, et à l'approche des élections, on eût en France, vers la lin de 186:2, « un désir très réel d'enrayer le mouvement,)) soit. Mais à quel moyen a-t-on eu recours? L'Empire négocia secrètement avec le Piémont. Les négociations aboutirent à une Convention par laquelle ces deux puissances, disposant du Pape sans le Pape, stipulaient le départ des troupes françaises de Rome, le transfert de la capitale de Victor- Emmanuel à Florence, moyennant l'engagement pris par le Piémont de ne point attaquer ni laisser attaquer Rome par la force ; et enfin la faculté reconnue au Pape de se faire une armée, qui toutefois ne pût dégénérer eu menace pour l'Italie. Le Piémont, d'ailleurs, se réservait expressément l'emploi des moyens moraux pour se faire ouvrir les portes de Rome.

Ainsi donc, la France s'engageait à retirer ses troupes; le Piémont, faisant un pas de plus, s'avançait jusqu'à Florence, mais sans abandonner son dessein arrêté d'aller à Rome. Sans parier des autres vices de cet instrument diplomatique, voilà qui rendait complètement illusoire ce qu'il pouvait y avoir de politique dans la pensée de faire de Florence et non pas de Rome la capitale du

1. Les quatre ministères de M. Drouyn de Lhuys, par M. le comte B. d'Hareourt.

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