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CHAPITRE XV

royaume d'Italie. Quand on lut à Pévêque d'Orléans cette Convention signée par MM. Drouyn de Lhuys, Nigra et Pepoli, un glaive froid alla jusqu'à son àme. Sa première pensée fut de pousser un cri d'indignation. Mais le fait était accompli : il crut plus sage d'attendre ce que dirait Rome, et aussi quels commentaires seraient donnés de cet acte à la tribune italienne.

Pie IX garda vis-à-vis de la France une attitude passive et résignée.

Mais tout à coup vint de Rome un coup de foudre aussi, l'Encyclique et le Syllabus du 8 décembre, de tous les actes qu'avait accomplis jusqu'ici Pie IX, un des plus hardis et des plus considérables.

Depuis longtemps le Pape y songeait. Déjà, en 1862, les évêques présents à Rome avaient reçu un catalogue (syllabas) des erreurs contemporaines, formulé en soixante et une propositions, chacune accompagnée de la censure qui lui convenait1. L'évèque d'Orléans avait examiné avec le dernier soin ces soixante et une propositions, et avait transmis au Saint-Père par l'intermédiaire du cardinal Antonelii, d'abord des observations d'ensemble sur ce projet, puis des observations relatives à chacune des soixante et une propositions. Il témoignait, dans ces observations, sa surprise de ce que, ayant sous sa main, à Rome, tant et de si savants théologiens, le Pape, au lieu d'un projet d'origine romaine, avait soumis aux évèques un catalogue emprunté presque mot à mot au mandement d'un évêque français, Msr l'évèque de Perpignan. Et selon la loi qu'il s'était faite de dire toujours sa pensée tout entière au Saint-Siège, surtout lorsqu'il avait l'honneur d'être consulté, il crut aussi de son devoir d'annoncer au cardinal l'orage que ne manquerait pas de soulever, dans les tristes temps où nous sommes, un tel acte, laissant au chef de l'Eglise le soin de décider, dans ses lumières supérieures, s'il fallait ou non l'affronter. Prêt du reste

1. Et même «en 1853, Pic IX avait établi une congrégation spéciale avec mission de préparer une bulle contre les erreurs philosophiques modernes ». (Vie de Ms'Gerbet, t. III, p. 167).

non seulement à accepter, mais à défendre au besoin ce que le Pape jugerait bon de faire.

Les soixante et une propositions furent complètement mises de côté, mais le Pape deux ans plus tard se décida à autre chose; et comme il avait dans le cours de son long pontificat, en des actes de nature diverse, porté sur les erreurs contemporaines de nombreuses condamnations, le catalogue qu'il fit dresser vers la fin de l'année 1804 fut extrait de ces actes mêmes, et communiqué par lui aux évêques de la catholicité avec une Encyclique. C'était, au moment où le pouvoir temporel échappait de ses mains, l'affirmation la plus haute de sa souveraineté spirituelle.

Les clameurs, comme l'avait prévu l'évèque d'Orléans, furent effroyables ; ce fut, ainsi qu'il Ta dit lui-même énergiquement, « un abominable hallali de tous les aboyeurs de la presse contre ce vieillard désarmé ». Elle s'abattit tout entière sur cet acte, à la fois avec des cris de joie et de fureur; de joie, car elle considérait que c'était là une faute immense qui, définitivement, isolait et perdait la Papauté; de fureur, car c'était à ses yeux une audacieuse déclaration de guerre à la société moderne. Le gouvernement impérial lui-même affecta de comprendre ainsi les documents pontificaux, et il fit défense aux évêques, leurs interprètes officiels, de les expliquer aux fidèles, tandis qu'il les laissait en proie à tous les commentaires d'une presse incompétente et ennemie; et on vit des évêques déférés au conseil d'Etat pour les avoir lus dans la chaire de leur cathédrale1. Bien plus, il ne recula pas devant l'acte le plus grave : il les déclara «contraires à nos instititutions fondamentales ». C'était manifestement justifier d'avance l'abandon déjà stipulé de Rome. Et pour comble de tristesse, certains organes catholiques, joignant leurs exagérations à celles de la presse ennemie, semblaient expliquer comme elle l'Encyclique et le Syllabus. Etreints entre ces interprétations excessives venues des deux points

1. Le cardinal archevêque de Besançon, Mgr Mathieu, et lévêque de Moulins, M»1 de Divux-Brézé.

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