‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 150 sur 231 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Lhuys, nous les accordons volontiers, mais essayer de réhabiliter à un degré quelconque cette Convention?

Elle traitait du Pape sans le Pape; elle confiait la garde de Rome, à qui? Sans phrases, sans déclamation, un historique lumineux, une condensation rapide et puissante des faits, montrait, ce qu'on oubliait, on oublie si vite en France, ce qu'on ne savait pas, ce que les journaux officieux et officiels n'avaient pas dit, mais ce que l'évêque d'Orléans savait, lui, à fond, comment et par quelles odieuses voies cette unification italienne s'était opérée. Et les traites, notre parole, si souvent répétée, la sienne, notre co-contractant qu'en avait-il fait? Son programme proclamé, Rome capitale, y renonçait-il? Florence, étaitce, oui ou non, pour lui, une capitale définitive ou une capitale provisoire? l'abandon de Rome, ou une dernière étape vers Rome? Si nous avions entendu, nous, une chose, il en avait entendu, lui, une autre: nous avions écrit en français, il avait traduit en italien. Les équivoques, les lacunes, les fissures de cette Convention, par lesquelles les armées mêmes du Piémont pourraient passer, tout cela était dévoilé, non avec des mots, mais avec des documents, des textes irrécusables, dans une argumentation nette et rapide; le style de l'evèque d'Orléans, comme une épée, jetait des éclairs. Dupes ou complices, l'alternative était inévitable.

Nous placerons sous les yeux du lecteur le résumé du moins de cet écrit célèbre; on verra de plus en plus quels efforts faisait cet évêque pour sauver le Pape, et si vraiment tout ce qui pouvait être dit ne l'a pas été, par d'autres sans doute, mais par lui aussi et surtout, et avec une clarté et une éloquence souveraines : c'est du reste une page historique, irrécusable et irréfutable :

« Résumons et précisons.

» La France a deux ans pour se préparer à la retraite, le Pape deux ans pour se résigner à son sort, le Piémont deux ans pour s'acheminer à ses fins.

» Toute la Convention est dans cet article.

»Dans deux ans, tout sera prêt pour qu'une révolution

éclate. Jusque-là. une consigne sévère évitera toute manifestation, et le calme le plus complet va régner à Rome; tout prétexte à la prolongation de l'occupation sera soigneusement écarte. Nous partis, l'émeute préparée éclatera. Si le Pape se défend, c'est un tyran ; s'il laisse faire, il est perdu. Permis au Piémont de mitrailler les Turinois mécontents du transfert de la capitale, ou de fusiller par centaines les Napolitains qui défendent leur indépendance ; mais le Pape, c'est autre chose! S'il laisse tirer le canon, on volera au secours de ses sujets opprimes S'il aime mieux quitter Piome que de laisser couler le sang, on l'accusera de faiblesse, et sous prétexte de maintenir l'ordre, on occupera la ville.

» Dans les forêts, quand un bûcheron veut jeter à terre un chêne séculaire, il abat les branches principales, puis il frappe le pied de l'arbre à coups de hache répétés, et avant de finir il passe a la cime un nœud coulant, il en tire fortement le bout, puis il s'écarte et se met a l'abri : le géant s'affaisse et l'on peut croire qu'il est tombé seul, de son propre poids.

» Cette Convention, aux mains du roi d'Italie, e>t à mes yeux le nœud coulant aux mains du bûcheron. Mais je me suis dit que ce bûcheron, s'il achève son œuvre, n'agissait qu'avec la permission d'un autre qui est le maître, et mes yeux se sont mouillés de larmes à la pensée que la Convention que j'analyse était signée par la France...

» Depuis (pie cette généreuse nation, appelée si souvent par le cours de ses glorieuses destinées à la défense du Saint-Siège, monte la garde au Vatican, le Souverain Pontife, l'épi sco pat, les tideles n'ont pas cesse de témoigner à l'Empereur et à son gouvernement une reconnaissance que les événements ont pu rendre inquiète, sans l'effacer.

» Nous n'attendions pas, nous ne désirions pas une occupation permanente. Le Pape lui-même ne la voulait point permanente. M. Drouyn de Lhuys a rappelé que le Pape a demandé par deux fois que l'occupation cessât. Sans doute, mais alors vous ne l'aviez pas mis dans la nécessité et le péril où il est.

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