CHAPITRE XVf
ment un sens quelconque, on l'interprète : et du moment où l'on donnait aux actes pontificaux un tel sens, on confirmait l'interprétation des adversaires. A coup sûr, il ne fallait pas atténuer la parole du Pape, mais il ne fallait pas non plus la fausser en l'exagérant; ni chercher le triomphe d'un parti là où le Pape avait plané au-dessus des partis. A l'encontre donc de ces interprétations et de ces conclusions excessives, l'évèque d'Orléans se proposait d'établir la signification vraie des documents venus de Rome, et de démontrer qu'il y a un modus vivendi possible entre l'Eglise et les sociétés contemporaines. Telle était la pensée dominante de son écrit, dont il espérait faire une grande œuvre de pacification.
Mais tandis qu'il l'écrivait, pour être plus sur encore de la conformité de sa pensée avec celle du Pape, il ne négligea pas de consulter Rome. Après la circulaire par laquelle le ministre des cultes déclarait l'Encyclique « contraire aux principes fondamentaux de notre constitution1 », et en interdisait la lecture dans les Eglises, un grand nombre de lettres arrivèrent à l'évèque d'Orléans, lui demandant ce qu'il en était, et si, à l'avenir, il serait permis de prêter serment à une constitution que l'on déclarait condamnée par le Saint-Siège. Son Eminence le cardinal archevêque de Bordeaux, M?r Donnet, qui recevait de son côté des consultations semblables, et qui d'ailleurs pouvait être amené à s'expliquerdevant le Sénat sur ces graves questions, lui écrivit pour se concerter avec lui, à l'effet de solliciter une réponse à Rome. Ils adressèrent donc au cardinal Antonelli deux lettres à peu près identiques, et en reçurent deux réponses à peu près identiques aussi, lesquelles confirmaient pleinement la réponse qu'eux-mêmes avaient faite à leurs correspondants, à savoir qu'il fallait distinguer dans l'Encyclique entre l'absolu et le relatif, entre les principes abstraits, et leur application aux faits contemporains. A la vérité, la réponse écrite du cardinal Antonelli n'arriva à l'évèque d'Orléans que la veille même du jour où il publia sa brochure ; mais la réponse verbale que le