‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 156 sur 231 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

distinction essentielle. Il ne condamne, parce que c'est antichrétien, et même anli philosophique, que l'omnipotence absolue et la souveraineté de la raison, qui est, implicitement , la négation de Dieu même et de l'Eglise. « Savez-vous ce que le Pape fait ici ? Il fait ce que l'Eglise a fait toujours : il défend tout ensemble la raison et la foi ; la raison contre les sophistes, et la foi contre les impies. » Qui ne le sait? Il y a aujourd'hui des sophistes qui retournent la logique, la raison contre elle-même, et posent comme axiome fondamental la formule même de l'absurde, l'identité du vrai et du faux, du oui et du non : le nierezvous ?

» Voilà ceux que le Pape condamne... » Passant au progrès, à la civilisation, Yê\è(\\ie reproduisait la même distinction nécessaire et péremptoire. « Et il était, ajoutait-il, d'autant plus facile de la faire, cette distinction, que le Pape l'avait faite assez clairement dans l'acte pontifical lui-même auquel cette proposition du Syllabus se réfère... » Eu effet, dans cet acte, le Pape condamne un certain progrès, qmnenesl pas un, une certa civilisation, qui n'est qu'une décadence. Mais le vrai progrès des sciences, des arts, des lettres, de l'industrie, des mœurs, des lois, tout ce qui, en un mot, constitue cette chose complexe, unecivilisation, une société, rien, non rien dans l'Encyclique et le Syllabus ne le réprouve ni ne l'entrave. Quand donc vous nous demandez, d'une façon absolue, vous qui avez fait la rupture, de nous réconcilier avec ces choses, que voulez-vous dire?

« Vous nous parlez de progrès, de libéralisme et de civilisation, comme si nous étions des barbares et ne savions pas un mot de tout cela ; mais ces mots sublimes que vous dénaturez, c'est nous qui vous les avons appris, qui vous en avons donné le vrai sens, et mieux encore, la réalité sincère. Chacun de ces mots a eu, malgré vous, et conserve encore, et conservera à jamais, un sens parfaitement chrétien ; et le jour où ce sens périrait, ce jour-là périrait aussi tout libéralisme sincère, toute civilisation véritable. » La liberté de conscience, que de manières erronées

encore d'entendre ce mot ! S'il implique l'iiidifférentisme doctrinal, l'égalité en soi du vrai et du faux, l'Eglise ne doit-elle pas réprouver une erreur si manifeste? Et si l'on entend cette liberté en ce sens que la conscience, comme tout à l'heure la raison, est souveraine, supérieure à la loi divine, n'est-ce pas là placer l'homme au-dessus de Dieu ? Et si, en conséquence, on fait de la liberté des cultes un droit absolu, un principe, partout et toujours applicable, n'est-ce pas là encore une négation implicite de la souveraineté de Dieu, et du Christianisme, divine institution ; et l'Eglise peut-elle ne la pas condamner?

Xon, le vrai et le faux ne sont pas même chose, et la loi de Dieu domine la conscience de l'homme, et le Christianisme, fait divin, s'impose en droit à tous. En d'autres termes, la conscience est libre, mais obligée : en face de la vérité, comme en face du devoir, l'homme est obligé ; en face du Christianisme, l'homme est obligé. Entendre donc la liberté de conscience comme l'affranchissement de tout lien de conscience, erreur ; en déduire la liberté illimitée des cultes comme un principe, un idéal obligatoire, autre erreur. L'individu peut trouver, dans son ignorance et sa bonne foi, une excuse, une tolérance, non un droit primordial, antérieur, absolu. Voilà la vraie doctrine. Et de plus, quand, en fait, dans un pays l'unité doctrinale a été brisée, sur ce fait on peut établir un droit 'politique. Et c'est pourquoi, une institution, une constitution où la liberté des cultes est inscrite, non, le Pape ne la condamne pas nécessairement. Bien plus, cette liberté des cultes, il la pratique lui-même !

Mais elle n'est pas pour lui l'idéal.

c II y a pour le Pape et pour l'Eglise un autre idéal, et il ne faut jamais leur demander de transformer en vérités absolues des nécessités relatives, d'ériger des faits regrettables, des divisions malheureuses, mais tolérées, en principes dogmatiques l. Non, l'idéal du Pape et de l'Eglise, ce

1 . On voit que l'évèque d'Orléans interprète le Syïlabus en le défendant. et condamne formellement les thèses libérales, et se garde bien de transformer l'hypothèse, a les faits regrettables, les divisions malheureuses » en idéal et en principes.

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