‹ Vie de mgr. DupanloupChapitre 157 sur 231 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

n'est pas l'anarchie, c'est l'harmonie des intelligences ; ce n'est pas la division, c'est l'unité des âmes...

» Cela veut-il dire que notre foi, nous voulons vous l'imposer parla violence, et vous forcera croire? Pas le moins du monde... » Mais cela ne veut pas dire non plus « que l'Eglise, à qui l'on dénie tout aujourd'hui, n'a pas, comme toute société, son droit de défense, sa discipline canonique, son autorité coercitive;... que l'Eglise doit demeurer absolument sans force pour se défendre ellemême et ses enfants contre les attaques de l'impiété;... que s'il y a eu, dans le cours des siècles, ou que s'il y a encore quelques régions dans le monde où la loi de l'Eglise est devenue, par suite de l'unité de foi et l'accord des volontés entre les citoyens, la loi civile même, et où l'Etat s'est fait l'évèque extérieur et le protecteur des saints Canons, là l'Etat et l'Eglise ont agi sans droit... Non, non, nous n'avons rien de sérieux à désavouer dans le passé, rien à craindre dans l'avenir : nous serons de notre temps, mais nous ne désavouerons pas les grands siècles chrétiens. »

De même pour les libertés politiques, la grande distinction revient : Comment les comprenez-vous? Là encore, quels que puissent être les dissentiments théoriques : et qui donc a le droit de nous imposer ses théories? sur le terrain des faits, de la pratique, de la politique, et cela suffit, nous pouvons nous entendre. Sans doute on peut donner pour base aux constitutions des déclarations de principes, vraies ou erronées; c'est l'aiïaire de ceux qui dogmatiseraient ici; mais en soi, les constitutions valent, politiquement, ce qu'elles valent; elles ne sont pas des hérésies. Des thèses ne sont pas des lois; des lois ne sont pas des thèses. La question n'est donc pas de savoir si les catholiques doivent embrasser comme thèses, comme vérités absolues, mais simplement s'ils peuvent accepter, comme lois, ou nécessairement combattre comme telles, les libertés politiques modernes. Eh bien, considérées comme des lois, comme des institutions que les nécessités d'un pays ou d'un temps peuvent amener, quelle parole du Syllabus ou.de l'Encyclique les

condamne? Aucune. Et, si on veut aller au fond des choses :

« Y a-t-il réellement une forme de gouvernement que l'Eglise repousse? Non, l'Eglise est catholique, c'est-à-dire de tous les temps et de tous les lieux. Et elle ne demande qu'une chose : remplir sa mission, et vivre en paix avec tous les gouvernements du monde. C'est pourquoi, méconnaissant sa pensée sur ce point comme sur tant d'autres, on nous fait ici des reproches si contradictoires, et tour à tour on nous accuse tantôt d'être incompatibles avec les gouvernements, et tantôt d'être les complices de tous les pouvoirs.

» La vérité est que l'Eglise n'est inféodée par sa nature à aucune forme de gouvernement, et les accepte tous, pourvu qu'ils soient justes; ce qui ne veut pas dire assurément qu'elle voit avec indifférence les peuples bien ou mal gouvernés, et qu'elle interdit à ses enfants le patriotisme.

» Mais tous les gouvernements ont des formes changeantes, et l'Eglise ne s'inféode à aucun, parce qu'elle est éternelle et universelle.

» Tous les gouvernements sont relatifs et imparfaits. Il y a longtemps que l'on dispute parmi les hommes sur la meilleure forme de gouvernement... L'Eglise habite des régions supérieures à ces discussions : républiques, monarchies, empires, elle n'entre pas dans ces questions; toutes ces diverses formes politiques sont laissées au libre choix de ses enfants ; j'ose dire qu'il n'y a pas à cet égard d'esprit plus libéral que le sien.

» Et c'est ce qui rend si admirable cette unité supérieure des âmes qu'elle a su créer dans la plus entière liberté, par-dessus toutes les divisions et toutes les disputes humaines, l'unité toute morale des croyances. Soyez de toutes les formes politiques que vous voudrez, de tous les pays et de tous les régimes sociaux que vous voudrez, l'unité catholique vous reste ouverte. Il y a, depuis dix-huit siècles, le spectacle de cette grande unité dans le monde. C'est divin. »

La discussion achevée, pour relever, comme il disait,

Page 1