CHAPITRE XVI
le moral des troupes, l'évèque terminait par quelques pages pleines de courage, d'espérance et d'éloquence, qu'il avait intitulées Sursum corda.
(( ... Il se peut, hélas! disait-il, que le pouvoir de la Papauté, dix fois séculaire, succombe... Que se passera-t-il alors? On croit que tout sera fini; tout commencera.
» L'embarras sera pour les puissances de la terre. Le chef des chrétiens, moins embarrassé que les témoins indifférents ou triomphants de sa chute, prouvera au monde, une fois de plus, que l'Eglise s'accommode de tous les régimes, même de la persécution.
» .. . L'Evangile nous raconte qu'après la mise au tombeau du Seigneur, Pierre dit à ses compagnons : « Je vais » pêcher. » C'était la nuit; peu le suivirent ; ils ne prirent rien. La fatigue et le découragement les saisirent. Mais à peine l'aurore avait-elle rougi les nuées, qu'ils virent sur le rivage, venant à eux, Jésus qui était là et leur dit : « Jetez de ce côté vos filets, ayez confiance, ne vous lassez » pas. » Et l'un des apôtres s écria : « C'est lui, c'est le » Seigneur! »
» ... Oui, le maître est là, sur la rive; il nous attend, et la pêche demain sera miraculeuse...
» ... Si je regarde avec soin dans la mêlée, en voyant l'ardeur et le dévouement des uns, l'excitation et la fureur des autres, je me dis : Certes, il faut que la religion soit redevenue une bien grande puissance pour susciter de telles haines et de tels amours... Aujourd'hui, tout ce qui intéresse la religion émeut les âmes. Pie VII, jouet de la force et du malheur, inspire à nos souvenirs plus d'admiration qu'il n'en inspirait aux contemporains dans ma jeunesse; et voici qu'autour de Pie IX, depuis dix-sept années, la force, la ruse, la colère, la haine, la lâcheté s'ameutent, se coalisent, s'agitent, tournent, approchent, s'éloignent, reviennent, sans que la fidélité se lasse et sans que l'usurpation ose avancer la main et porter le dernier coup.
» S'il parle, en Angleterre, en France, en Allemagne, en Russie, en Amérique, un frémissement universel ré-
pond, comme si une grande voix venait d'éclater à la fois sur tous les sommets du monde...
i Ah![c'est que6la vérité catholique a retrouvé son écho au fond de toutes les consciences : du fond de toutes les âmes de ce temps il s'élève une question jusqu'à Jésus- Christ : on s'incline ou on se débat sous sa main divine... On l'aime ]ou on le déteste, mais on ne l'ignore plus; son nom est, comme disait autrefois saint Paul, au-dessus de tout nom: son Evangile est le premier besoin des âmes.
> Non, non, pauvres ennemis, puissances d'un moment, quand vous auriez abattu le trône du Pape, vous n'en auriez fini ni avec l'Eglise, ni avec le Pape... »
Tel était, dans ses grandes lignes, cet écrit. L'effet sur ceux du dehors, comme sur les catholiques, fut immense. Assurément, ces vastes questions n'étaient pas épuisées dans ces pages rapides, mais les solutions aux difficultés, du moins les principes de solution, étaient là; et, toutes les exagérations, toutes les vaines accusations anéanties, toute cette poussière tombée, l'Encyclique brilla de sa vraie lumière. Confondus, les journaux, qui se voyaient arracher cette proie, n'essayèrent pas même de discuter. Ils n'eurent qu'une réponse. L'evèque d'Orléans a ((transfiguré» l'Encyclique : eux qui l'avaient défigurée; et à l'appui de cette réponse qu'un seul argument : l'interprétation de certaines feuilles catholiques. « Vous avez pour alliés, lui disait le Siècle, des organes moins habiles sans doute que Votre Grandeur, mais qui ont du moins le mérite d'une rude franchise. Nous avons reproduit dans cette feuille des extraits qui réfutent vos commentaires, i
Aussi, quand parut l'écrit de l'evèque d'Orléans, sans le nommer, le même organe catholique, auquel faisait allusion le S/ccle, écrivit ceci : « Il y a des chrétiens timides qui contestent cette opportunité (des documents pontificaux), et des chrétiens habiles qui essayent d'en atténuer la portée. » Sur quoi le Journal des Débats, un de ceux que l'evèque d'Orléans avait le plus malmenés dans son écrit, s'empressa-t-il de dire qu'il y avait parmi