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CHAPITRE XVI

les catholiques deux partis, les sincères et les habiles, et que l'évèque d'Orléans s entendait à demi-mot avec le cardinal Antonelli. Ici l'honneur était en cause. Immédiatement une vive réponse arriva au Journal 'des Débats. Cette réponse est très remarquable, surtout étant donnés la situation et le péril qui naissait des divergences signalées. Sous le feu de l'ennemi, on ne tire pas sur ses propres troupes : l'évèque d'Orléans, avec une modéralion, habile sans doute, mais bien méritoire, avait donc négligé à dessein les opinions extrêmes qu'on lui opposait et qui le désolaient : opinions individuelles et sans autorité. Il les écartait encore dans sa réponse aux Débats, mais il insistait sur l'unanimité éclatante de l'épiscopat :

« Vous n'obtiendrez pas un mot de moi sur nos divisions. Est-ce qu'il en peut être question en effet dans ce moment?

» Le Souverain Pontife parle à l'Eglise tout entière : gardien universel de la foi qui est une, il n attaque ni les lois, ni les institutions de notre pays; il ne s'occupe pas des opinions libres qui peuvent diviser les hommes, il ne descend pas aux petites querelles; gardien de la pure charité, il ne songe qu'à unir, qu'à éclairer ses enfants; il n'a voulu ni nommer ni exalter personne. Le Pape ne songe qu'au triomphe de la vérité et au bien des âmes...

» J'ai dit, Monsieur, la simple vérité. Mes collègues l'ont dite avant moi, chacun dans la forme qui lui a convenu, entre les étroites limites qui lui étaient imposées... L'épiscopat est unanime, le Scfint-Père nous approuve, la France nous comprend1. »

Néanmoins, " le dissentiment signalé subsistait, parce qu'en effet, depuis la scission politique amenée par le coup d'Etat et l'Empire, il y avait, on ne le sait que trop, parmi nous « deux camps en conflit sous le même drapeau, deux conduites diamétralement opposées au service

1. Celte importante lettre se lit à la suite de l'écrit sur la Convention et sur VEnojcliqiie dans le tome IV des Nouvelles œuvres choisies.

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de la même cause »; et sur l'Encyclique et le Syllabus en particulier, une partie de la presse catholique, nous l'avons vu, parlait exactement comme le Siècle, allant jusqu'à appeler « un antisyllabus » l'écrit de l'évêque d'Orléans.

En face de ces divergences, une question donc se pose: Où est l'interprétation vraie de l'Encyclique et du Syllabus? En voici deux absolument contradictoires; celle-ci d'abord : « La civilisation moderne, c'est la fin de la civilisation chrétienne... Il y aurait duperie à distinguer entre le bon et le mauvais libéralisme... Tout libéral tombe nécessairement sous la réprobation de l'Encyclique... En aucun sens un catholique ne peut être ni se dire libéral... » Et cette autre : «Vous nous parlez de progrès, de libéralisme et de civilisation... Mais ces mots sublimes, que vous dénaturez, c'est nous qui vous les avons appris, qui vous en avons donné le vrai sens, et mieux encore, la réalité sincère. Chacun de ces mots a eu malgré vous, et conserve encore et conservera à jamais un sens parfaitement chrétien... »

Eh bien, laquelle de ces deux interprétations est la vraie? Oui ou non, l'évêque d'Orléans a-t-il transfiguré l'Encyclique et fait cnn antisyllabus*? Les juges compétents ont-ils dit cela? Son interprétation est-elle opposée ou conforme à celle de ses collègues? A-t-il été blâmé ou approuvé par l'épiscopat et par Rome?

Or voici ce qui s'est produit, et jamais peut-être, dans l'histoire de l'Eglise, semblable manifestation ne s'est faite autour d'un acte épiscopal ; jamais peut-être pareilles approbations n'ont été données à l'écrit quelconque d'un évèque. M?r Dupanloup lui-même, un jour, à la tribune, se trouvant en face d'un adversaire qui lui opposait l'interprétation contradictoire à la sienne, pour en conclure que l'Eglise condamnait la société moderne, a confondu l'accusation par ces invincibles témoignages1.

Tout d'abord le nonce apostolique à Paris, Al?r Chigi, s'empressa de lui écrire :

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