CHAPITRE XVI
« Paris, 26 janvier 1865. Monseigneur, je viens de lire votre magnifique travail sur la Convention du 15 septembre et sur l'Encyclique du 8 décembre, et j'en suis ravi... Je ne puis finir, Monseigneur, sans vous exprimer toute ma reconnaissance pour cette nouvelle preuve que vous venez de donner à l'Eglise et au Saint-Siège de votre zèle et de votre dévouement, et pour le puissant appui que vous apportez de nouveau et si à propos à la cause du Saint-Pere. »
Ce puissant appui consistait-il donc à avoir atténué, édulcoré, escamoté, comme on disait, le Syllabus, et, selon l'expression, inélégante mais pittoresque, d'un ministre, à lui avoir mis un faux nez?
Quelques jours après, un prince de la Cour romaine, le cardinal Caterini , un des grands promoteurs du Syllabus, lui écrivait de Piome : « ... J'estime cet écri une œuvre admirable, une œuvre d'or...» Puis, constatant l'immense diffusion qu'il avait déjà reçue, en France et dans l'Europe : « Quelles victoires, ajoutait le cardinal, remporte sur l'erreur l'éloquence au service de la vérité et de la justice! Usez, Monseigneur, usez, comme vous l'avez fait si glorieusement jusqu'ici, de ce génie si étonnamment heureux, pour relever et fortifier, autant que vous le pourrez, l'Eglise notre mère, en butte à tant d'ennemis1... » Cette lettre est datée du 8 février, c'est-à-dire postérieure de quatre jours au bref du Pape dont nous allons tout à l'heure parler, et que le cardinal Caterini ne pouvait pas ignorer. Aurait-il parlé ainsi d'un écrit qui eût énervé et travesti l'Encyclique ?
Et quant à l'épiscopat : c Tous les évêques, avec leur chef, vous applaudiront, Monseigneur, » lui écrivait un évêque. Et en effet, cet écrit, qu'un cardinal appelait une
1. Eximium hoc opus, ac vere aureum... M argumenli est quantas ex errore victorias agat oloquentia, cum veritatis ac justitiœ cansam agat. Quocirca utere, amplissime Domine, singulari ista felicitate ingenii, utere, prout hactenus cum laude fecisti, ut mat rem nostram Ecclesiam a tôt oppugnatoribus lacessitam, quantum in te erit, erigas ac reficias.
œuvre admirable, une œuvre d'or, voici un évêque belge, Ms* Dechamps, depuis cardinal archevêque de Malines, qui l'appelle «un monument impérissable », et qui félicite l'auteur « de l'immense bien qu'il a fait» ; il ajoute qu'il le fait déposer dans la bibliothèque de son Grand Sséminaire pour l'instruction du jeune clergé ; un évêque allemand, l'évêque de Fulda, le proclame « un monument historique qui doit passer à la postérité , et auquel soit en ce qui touche la Convention, soit en ce qui regarde l'Encyclique, il adhère de tout son cœur» ; un évêque oriental le nomme (de monument de ce siècle», et déclare « qu'il s'associe pleinement à toutes les assertions émises dans cet écrit». De Mayence l'illustre M?r Ketteler lui fait écrire que cette publication est « un véritable événement; un témoignage entendu et compris par des millions de lecteurs». Un évêque italien, l'archevêque de Spolète, l'appelle «un livre providentiel» ; celui qui devait être Léon XIII, l'archevêque de Pérouse, salue cà cette occasion l'évêque d'Orléans comme « le défenseur et le soutien du Saint-Siège» et il lui offre « ses congratulations avec celles de tout l'univers». « Le changement que cet écrit a opéré dans l'opinion publique, lui écrit l'archevêque de Gènes, est immense. » «Il a réduit au silence le libéralisme maçonnique, s'écrie l'évêque de Liège, et relevé notre jeunesse catholique. » « Vous avez dit, sur la Convention et sur l'Encyclique, lui écrit le cardinal archevêque de Rouen, M?r de Bonnechose, tout ce que je voulais dire. » Le vénérable archevêque de Tours, Msr Guibert, aujourd'hui cardinal archevêque de Paris, lui dit : «Vous avez rendu bien des services à l'Eglise depuis que vous êtes évêque; celui-ci est le plus grand.» « L'Eglise a besoin de vous», s'écrie dans son enthousiasme l'évêque d'Amiens; l'archevêque de Bourges, M?r de la Tour d'Auvergne, « applaudit de tout son cœur à cet immense succès ». « Jamais évêque, en ce siècle, rne rendit à l'Eglise un plus grand service», s'écrie l'évêque de Laval. L'évêque de Saint-Dié, M?rCaverot, aujourd'hui cardinal archevêque de Lyon, proclame « admirable cette défense de l'Encyclique », et il ajoute: «Au reste, nous comptions sur