JUSTE RÉCOMPENSE DE VOTRE ZÈLE
Est-ce en France seulement que le bref a été ainsi interprété? Non, voici, entre autres, le témoignage d'un évêque belge, M?r l'évêque de Liège : « il août 1865. . .. La lettre si belle que le Saint-Père vous a écrite n'a pas échappé à mon attention. Je comprends que l'évêque attache plus de prix à cet auguste suffrage que l'écrivain au merveilleux succès de son œuvre. » En Italie de même : « Toutes mes congratulations, écrit à la date du 26 juillet l'évêque de Padoue à M*1" l'évêque d'Orléans, pour le succès de cette œuvre, pour F approbation* qu'elle a obtenue du Saint-Père », etc.
Voilà comment les évêques ont interprété, dans le sens d'un blâme, le bref de Pie IX à Msr Dupanloup.
La contradiction entre le Saint-Père et les évêques dont nous avons cité les étonnants éloges serait dans ce cas flagrante et inexplicable.
Quelle est d'ailleurs pour le bon sens non prévenu la signification obvie, naturelle, de la formule eô... quô... « Vous expliquerez d'autant mieux l'Encyclique que vous l'avez mieux défendue »? Est-ce de la défiance ou de la confiance que le Pape témoigne à l'évêque d'Orléans? Est-ce un démenti et une réfutation de son propre écrit qu'il lui demande, comme il le devrait si l'évêque d'Orléans, ainsi que le soutiennent les ennemis, a défiguré, annulé les enseignements du Saint-Siège? Mais dans ce cas, voici le langage, véritablement inepte, qu'en réalité tiendrait le Saint-Père : Je suis assuré que vous expliquerez d'autant mieux l'Encyclique... que vous l'avez défigurée! Non pas : Si vous l'avez défigurée déjà, vous êtes d'autant moins apte à en développer le vrai sens ! voilà ce que le Pape aurait dû dire. Loin de là, le Pape, non seulement ne lui signale aucune erreur, et personne du reste n'en signale; personne, jusqu'ici, n'a pris un texte de cet écrit et n'a dit : Voilà qui est erroné; mais au
contraire le Pape l'encourage à combattre encore, il lui dit : Continuez, « et vous serez, f en suis sûr, un interprète d'autant plus fidèle du Syllabiis et de VEncijclique que vous en avez été un plus éloquent vengeur » : c'est donc qu'il a reconnu que les doctrines professées dans cet écrit sont conformes aux doctrines de l'Encyclique et du Sijllabus. Est-ce que l'évéque d'Orléans pouvait avoir deux doctrines contraires, une en confondant les fausses interprétations, l'autre en développant les documents pontificaux? D'autant plus que dans son écrit, et nous insistons sur ce point, il professait une doctrine; il ne se bornait pas à dire : tel n'est pas le sens; il disait de plus: tel est le sens du Sijllabus.
Enfin c'est faire jouer à Pie IX un rôle indigne de lui : sans grandeur, sans franchise et sans courage. Comment, voilà un écrit qui retentit dans le monde entier ; les ennemis disent qu'il atténue, qu'il énerve, qu'il défigure les documents pontificaux, et c'est là ce puissant appui apporté, selon le Nonce, au Saint-Siège ! C'est là cette victoire remportée, selon le cardinal Caterini, par cet heureux et éloquent génie ; c'est là ce grand service rendu, selon le vénéré M?r Guibert et tant d'autres, au Saint-Siège! Il fallait, pour la défendre, défigurer sa parole ! Ah ! que cet argument se rencontre sous une plume ennemie, on le comprend : qu'un écrivain protestant vante, dans un journal protestant, « les prodiges d'adresse dont le prélat a eu besoin pour déguiser les imprudences du Saint- Siège », qu'il ajoute : « Il n'a trouvé qu'un moyen de défendre l'Encyclique, celui de l'escamoter1 », à la bonne heure ; mais si l'évéque d'Orléans a fait cela, et si le Pape le croit, ce ne sont pas les éloges du Saint-Père qu'il mérite, mais ses réprimandes ; il est un prévaricateur, et d'autant plus dangereux que son écrit est dans toutes les mains. De deux choses l'une, donc : Ou le Pape rougit de sa parole, et est bien aise que l'évéque d'Orléans l'ait dissimulée, atténuée, effacée; mais qui osera dire cela? Ou bien, si le Pape tient à ce qu'un aussi grand acte soit