CHAPITRE XVII
fameuseysqui est bien un des plus grands outrages qui aient jamais été faits à l'Eglise, en même temps qu'un des actes les plus imprévoyants et les plus impoli tiques : là, mettant sur la même ligne la franc-maçonnerie et la Société de Saint-Vincent de Paul, il n'avait que des éloges pour la première, lui laissait toute latitude et la faisait passer de l'état de société secrète à l'état de société publiquement autorisée : nous en savons aujourd'hui. les conséquences ! et, réservant toutes ses rigueurs pour la seconde, après l'avoir accusée de cacher la politique sous le manteau de la charité, il la frappait à la tète en la décapitant de son conseil général.
L'évèque d'Orléans fut indigné. Immédiatement, il écrivit à M. Cochin, membre du conseil général de cette Société : « Orléans, 19 octobre 1861. Mon cher ami, vous aurez lu la lettre de M. de Persigny sur saint Vincent de Paul. Il m'est impossible de laisser passer cela; l'honneur de la charité, l'honneur de l'Eglise et des plus honnêtes gens ne le permet pas. » Et le 27 du même mois : « Je travaille à force, mais plusieurs évèques m'ont écrit pour me prier de suspendre à cause des démarches qu'ils font auprès de l'Empereur. J'ai répondu que je suspendrais volontiers sur leur parole, pourvu que ce ne fût pas trop long, et que ce serait un déshonneur pour Tépiscopat français s'il ne s'élevait pas dans son sein une voix pour défendre les plus honnêtes gens de la chrétienté, indignement outragés. Je ne tiens pas à ce que ce soit moi ; mais s'il n'y en a pas un autre, ce sera moi : pourvu que Dieu le permette. » Ce fut lui.
Non seulement, en maintes circonstances, il avait comblé d'éloges la Société de Saint-Vincent de Paul, mais il avait présidé, en quelque sorte, à sa naissance.
« Un jour, raconte-t-il dans son beau livre : De la Charité chrétienne et ses œuvres, huit jeunes gens vinrent me chercher, et m'ayant trouvé dans une chapelle de doux souvenirs — à Saint-Hyacinthe — où je faisais le catéchisme : c Monsieur l'abbé, me dirent-ils, nous voudrions tous les huit nous consacrer au service des pauvres. Qu'en pensez-vous? » Je crus un moment qu'ils
voulaient fonder une nouvelle communauté religieuse ou entrer dans quelque institut hospitalier. « Non, me direntils, c'est dans le inonde que nous voulons nous dévouer au service des pauvres. » Je leur dis que je trouvais cela excellent, mais bien extraordinaire. Alors ils m'exposèrent leur projet, fort beau en théorie, mais qui me paraissait trop beau peut-être pour être réalisable.
» Je leur conseillai cependant à tout hasard d'essayer, pensant en moi-même que cela n'irait guère loin.
» Quoiqu'ils me priassent de vouloir bien les aider dans l'exécution, je les abandonnai à peu près à eux-mêmes, à Dieu et à leurs saints anges, et ils commencèrent. »
Ceci avait lieu en 1833. En 1853, au lieu de huit, ces braves jeunes gens étaient deux mille à Paris seulement, et ils visitaient cinq mille familles, c'est-à-dire environ vingt milie individus, c'est-à-dire le quart des pauvres que renferment les murs de cette immense cité. En 1861, c'est-à-dire trente ans après cette institution, les Conférences étaient au nombre de quatre mille environ, dont plus de quinze cents en France, et les autres, par la forte impulsion et l'initiative du prosélytisme français, répandues partout, chez toutes les nations, sous toutes les zones, et jusqu'aux plus lointaines extrémités de la terre.
Qu'allaient faire les Conférences après la circulaire? De tous côtés on s'adressait à lui ; il répondit d'abord par une Lettre au Président d'une Conférence, dans laquelle il conseillait aux Conférences de ne se point dissoudre, de tenir bon, dans les conditions nouvelles qui leur étaient faites, en attendant des temps meilleurs ; puis, sous ce titre : les Sociétés de charité et la circulaire du 16 octobre, il publia une éloquente brochure, qui mettait à néant toutes les accusations soulevées par l'auteur de la circulaire.
Les Conférences ne sont pas des sociétés secrètes; toui s'y passe au grand jour, tout est publié ; elles ne font point de politique : jamais, sous aucun régime, on ne les a trouvées en faute sur ce point. « Il est impossible, diton, qu'il n'y ait pas quelque chose là-dessous. Oui, il y a quelque chose là-dessous : il y a la charité, cette grande