CHAPITRE XVII
chose, qui est Dieu, Deus charitas est, et qui inspire depuis dix-huit siècles toutes9ces choses qui vous étonnent. Il v a la charité, sortie vivante du cœur du Christ mort pour les hommes, et qui, passant du cœur du Crucifié dans le nôtre, y suscite des sincérités de dévouement que vous ne pouvez comprendre. Du moins ne les outragez pas ! » Le conseil général, non seulement n'est pas inutile, mais devant cette multiplicité de Conférences et de honnes œuvres dont elles s'occupent — il en faisait la longue énumération — ce conseil est de la nécessité la plus rigoureuse, pour maintenir l'unité d'esprit. Le hutlget qu'il prélève est libre et volontaire, et son emploi, loin de rester inconnu, est publié chaque année et il est admirable. Sur la question d'autorisation et de légalité, la brochure était surtout vive et pressante. L'auleur adjurait donc le ministre de retirer la circulaire, et terminait par ces paroles :
« Si vous donniez un démenti à mes espérances, je plaindrais ceux que vous frappez, je plaindrais le gouvernement assez mal inspiré pour voir des meneurs dans des hommes pacifiques et religieux ; je vous plaindrais surtout, Monsieur le comte, d'être plus tard, quand vous repasserez votre vie dans votre conscience, condamné à vous dire : Il fui; un jour où, cédant à la terreur d'un péril imaginaire et à de vulgaires et indignes obsessions, j'ai commis une injustice contre des gens de bien, et fait injure à une des plus grandes choses qui soient sur la terre, la charité chrétienne.
» Certes, c'est bien quand nous sommes condamnés à de telles apologies qu'il nous est permis de le dire avec un historien de l'antiquité : « La résistance est juste quand elle est nécessaire, et pieuses sont les mains armées pour la défense de la vérité et de la justice : Justum est bellum quibus necessarium, et pia arma *. »
Le conseil général, à l'unanimité, lui vota des remerciements.
1. Cette brochure, et la lettre à un président d'une Conférence de Saint-Yincent de Paul, se trouvent à la fin du volume sur la Charité.
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Ce n'étaient là, du reste, que les commencements d'une grande campagne : la charité catholique allait subir d'autres attaques ; engagé dans cette polémique, selon sa coutume, il ira jusqu'au bout.
Dans ces conjonctures, par suite de la guerre des Etats- Unis, du Xord contre le Sud, une crise vint à peser sur notre industrie cotonnière. Telle est, dans ce grand mouvement des relations créées par les progrès mêmes de la civilisation moderne, l'étroite solidarité des hommes et des choses, qu'une guerre éclatant à deux mille lieues de notre pays, aux extrémités du continent américain, avait chez nous des contre-coups terribles ; le coton brut, c'est-à-dire la matière première manquant, cent mille ouvriers rouennais se trouvèrent sans travail et sans pain. Cette détresse émut son cœur, et sa voix fit écho à celle du vénérable archevêque de Rouen, pour provoquer les largesses des fidèles : « Monseigneur, lui écrivit le cardinal archevêque, je viens de lire votre Lettre en faveur des pauvres ouvriers rouennais, et j'éprouve le hesoin de vous exprimer immédiatement toute ma reconnaissance et la leur; je n'ai pu pousser qu'un cri, mais la charité vous a inspiré l'allocution la plus pathétique que j'aie jamais lue. »
Cette lettre remua la France et accéléra partout la souscription qui, jusque-là, marchait lentement. Le Siècle, qui avait toujours sur le cœur son procès perdu et sa haine du Pape, crut être plaisant et malin en disant que la quête pour le denier de Saint-Pierre ayant produit à la cathédrale d'Orléans « douze cents francs, on espérait bien que celle en faveur des pauvres ouvriers rouennais ne serait pas moins abondante ». L evèque, pour l'honneur de son diocèse et de la charité catholique, crut devoir relever cette épigramme ; il écrivit au journal voltairien : « Ce n'est pas douze cents francs, c'est quatorze mille francs que vous deviez dire. Quant à l'espérance que vous exprimez, relativement à la quête que j'ai résolu de faire pour les pauvres ouvriers de Rouen, je connais assez mes diocésains pour être sûr à l'avance de ce qu'ils feront. » Il ne