CHAPITRE XVI J
agir, parler, intercéder pour ceux qui souffrent... » Comme toujours, on posait, par ignorance de la religion, l'antagonisme là où il y a l'harmonie.
« Aux singulières attaques dont la religion chrétienne est l'objet depuis quelquetemps, je sens, disait-il, en terminant sa Lettre aux Débats, le besoin de rappeler quelque jour tout ce grand enseignement. » Il y fut obligé presque aussitôt comme malgré lui. On lui écrivait de tous les côtés; on lui faisait des objections; on lui posait des questions ; on lui envoyait des brochures traitant d'économie politique et sociale, et on lui demandait son avis. « Hélas! écrivait-il à un ami, il n'est que trop évident pour moi que nous nous endormons, et que, de toute part, on mine le sol sous nos pieds. Ce n'est plus seulement la vérité, c'est la vertu chrétienne dont on ne veut plus. Oh! qu'il y a à faire ! et quelle tristesse de se sentir seul ! Bon gré mal gré, je suis jeté dans tout cela, assailli de lettres sur tout cela : il m'est impossible, absolument impossible d'en rester là j> (25 janvier 1863). Il fut donc amené, par cette nécessité de situation, à faire, après la Lettre pour les ouvriers rouennais et la Lettre aux Débats, son mandement de Carême sur la eh a rite au point de vue chrétien. Il lit celui de l'année suivante sur saint Vinrent de Paul et ses œuvres.
Mais cela ne lui suffit pas encore; il voulait aller plus au fond de la question qu'il n'avait pu faire dans des mandements, et il méditait un volume spécial sur ce grand sujet. Les temps modernes ont posé des problèmes, et amené, sur l'attitude de l'Eglise en face des inventions ingénieuses du crédit et des revendications ouvrières, des questions dans l'étude desquelles il regrettait que le clergé et les catholiques, que lui-même ne fussent pas entrés plus profondément. « Je suis tristement préoccupé, écrivait-il encore, de toute cette question de la charité. Je ne puis m'y refuser, car elle me poursuit non seulement dans les lettres de ceux qui m'interrogent, me posent des questions, m'adressent leurs systèmes imprimés ou manuscrits, mais surtout dans les livres et les journaux, où l'on attaque la doctrine de l'Eglise, et qu'on
Il — 18.
m'adresse, afin que je dise quelque chose. » « Les volumes, disait-il dans une autre lettre, et les brochures me pleuvent sur le paupérisme et sur les salaires... Avec la nature de mon esprit, j'ai faim et soif de savoir le vrai et le dernier mot sur tout cela. »
Là aussi, selon lui, il y avait, comme en politique, comme en philosophie, comme en toutes choses du reste, une grande distinction à faire entre ce qui est ou n'est pas de foi : entre des théories qui pourraient n'être que des erreurs économiques et sociales, et des systèmes qui seraient en opposition véritable avec la doctrine chrétienne ; et un grand péril à ses yeux serait d'établir entre nos dogmes et des idées même fausses en ces matières, une incompatibilité qui n'existerait pas, parce que, de la sorte, on fait à l'Eglise gratuitement des ennemis; ou de soutenir au nom de la religion des institutions qui ont pu avoir dans le passé leurs avantages, sans être pour cela ni partie intégrante du christianisme, ni applicables aux temps modernes, parce que, par là encore on met le christianisme où il n'est pas, on l'implique dans des querelles qui ne sont pas les siennes. Il voulait que, tout en combattant les ambitions injustes et coupables, on prêtât aussi l'oreille aux légitimes aspirations. Bref, l'Eglise, pensait-il, avait à prendre, en lace de ces redoutables questions, une attitude à la fois prudente et ferme ; laissant aux hommes de ce temps la liberté de leurs recherches et de leurs essais, tant qu'ils ne touchent pas à son domaine, mais intervenant résolument toutes les fois que les dogmes ou la morale du christianisme, comme il advenait pour la charité, sont méconnus et attaqués : car alors, et le critérium est infaillible, les économistes et les réformateurs font fausse route. Quant à la charité, inspiratrice de tous les progrès dans le passé, elle est assez féconde pour provoquer toutes les améliorations dans l'avenir. Tel était l'esprit qui planait sur ce volume.
Voici quel était le plan : D'abord une introduction développant les points de vue et les objections modernes sur cette question ; puis, pour y répondre, une exposition de doctrine sur ce qu'est la charité ; ensuite, l'histoire de